Malentendu sur l’athéisme

On dira de plus en plus, à mesure que les hommes prendront conscience de leurs forces latentes, l’importance destructive et contre-révolutionnaire, dans tous les sens, de l’idée de Dieu. La théologie est le grand arsenal de guerre qui se dresse à l’autre bout du mouvement humain. Elle est un attentat permanent contre l’humanité. C’est la ruine et la négation de l’effort des foules ; elle leur arrache le réalisme des mains. Jamais les hommes ne seront tranquilles, jamais leur communauté ne sera solide, tant que l’au-delà, l’infini et l’éternité prendront une figure pour se jeter sur eux. Dieu est la contre-révolution en personne. La notion de Dieu ne saurait, comme on le prétend souvent à la légère, demeurer dans le pur domaine du rêve, ni rester un sentiment personnel ; elle secrète un dogme et fabrique un culte organisé partout où elle s’implante, comme le noyau fabrique la cellule. On ne peut pas atteindre la moindre religion si on n’atteint pas son noyau divin… Et ce qu’on doit dire des religions consacrées, on doit aussi le dire des religions soi-disant libérées et hérétiques, ces retours à l’Évangile, réformes superficielles, en habit civil, de la malfaisante superstition. Enfin, ceux qui croient en Dieu croient aussi, par conséquence et par analogie, à bien d’autres fétiches ou fantômes. Une fois admise cette intrusion de l’inexplicable, on peut admettre toutes les hypothèses qui déracinent l’homme de l’humain.
Henri Barbusse
 
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Léo Ferré   Ni Dieu Ni maître