La magistrale victoire d’Eric Pététin

 C‘est un document exceptionnel à plus d’un titre que nous vous offrons en partage ce soir.

Exceptionnel parce qu’avant tout il met en scène un homme exceptionnel, militant écologiste historique, totalisant un nombre d’arrestations et d’incarcérations tel, que ce n’est pas une fiche de police qu’il faudrait pour consigner ses exploits mais un annuaire.

Cette scène, c’est un peu le sommet de la vie militante d’Eric Pététin. C’est celle où il n’hésite pas à remettre en jeu tout le bénéfice de sa carrière en tentant le tout pour le tout, 48 heures après l’ultime expulsion de la “ZAD” de la Goutte d’Eau.

Seul en une nuit, vous le verrez, il va élaborer un plan d’attaque d’une ingéniosité et d’un courage qui feront date dans les carnets militaires, d’autant plus que personne, absolument personne n’aurait misé un euro ce jour-là sur la tentative d’Eric Pététin.

En arrivant sur les lieux, on dépasse ses deux disciples, qui se tiennent en retrait, sans doute intimidés par la portée historique de la journée. Il faut dire qu’il y a de quoi être impressionné par la promesse de l’ampleur de cette énième envolée héroïque tant l’entreprise pourrait paraître vaine pour n’importe quel être empêtré dans la rationalité.
Seuls les deux chiens, braves comme des séminaristes après la sieste, semblent confiants.
Pététin, toujours très concentré, se dresse un instant face à la Goutte d’Eau, changée depuis peu en bunker. De nombreux gendarmes, des hommes en armes, une milice de sécurité en condamnent totalement l’accès, en tout cas pour le commun des mortels.
Soudain, un craquement de branche pète comme un cassoulet de la veille. Le signal. Pététin rugit en première ligne, la guitare en bandoulière, sans bandoulière, c’est magnifique! Il est en cannes le petit! Droit devant!
L’entrée principale, barrée de blocs de pierre? Et alors! Peu nous en importe! S’il était écrit que l’on devait passer par ici, alors on passera ici! La ligne de gendarmes, ne saisissant pas immédiatement l’imputrescible fougue de la manœuvre, s’apprête à le cueillir, presque déçue de marquer en début de jeu sans qu’on lui oppose combativité véritable, quand, tel un ailier conquérant le prestige des plus fougueuses épopées rugbalistiques, Pétoff feinte tout le monde en sautillant vigoureusement latéralement!
Là est tout le panache blanc et ténébreux de la survivance de l’esprit chevaleresque!
La gorge déployée d’une musicalité très printanière, Pétoff se bat comme un beau diable! Prenant tout le monde par surprise, voilà qu’il dévale, pieds nus, les ronces du fossé.
Touchées subitement par la grâce, les voilà bien résolues, elles aussi, à faire pénitence au contact de la voûte plantaire christique. Le temps que la défense adverse se repositionne sur ses lignes, l’écolo bondissant a déjà entrepris une nouvelle feinte! Magique! C’est par l’accès Sud désormais qu’il envisage d’atteindre le potager. Ah ça non, il n’est pas venu pour acheter du terrain, lui, il en gagne! Pététin, c’est un jeu spectaculaire qui est là avant tout pour faire plaisir à son public et une élégance rare. Ça y est! C’est presque gagné! Il dévoile enfin son ultime tactique de la matinée. La victoire, le potager, tout cela n’est plus qu’à deux bus de playmobils. Deux minuscules bus. La foi en vaut dix, en vaut mille mais en face, l’équipe adverse y croit aussi dur comme fer! Il faut dire que le mercato a été bon, notre barde en guenilles lui aussi fait des bonds. Mais seul, désespérément seul…

Epilogue

L’expertise juridique virevoltante de l’écolo bondissant lui avait révélé en une nuit qu’il suffirait de déterrer une loi antique spécifique en occupant le potager en question et que cette occupation aurait pour conséquence immédiate d’interdire quiconque de toute expulsion. C’était très malin, voire très futé mais cela ne suffit à convaincre une maréchaussée qui hélas, fut loin de posséder une telle maîtrise dans le droit civil, ce qui priva Pétoff d’une nouvelle magistrale victoire.