Les Enragés du mouvement étudiant 2018

Petite compilation de textes de l’instant pour certains diffusés directement dans les groupes étudiants, notamment de Toulouse

 

“Tout le monde a bien remarqué que la machine médiatique à intoxiquer s’est mise En Marche comme rarement.

Ils sont tous morts de trouille à l’idée que ça parte en Grève Générale.

On a pas fini d’entendre en boucle leurs sermons sur les “usagers pris en otage”.

C’est NOUS qui sommes pris en otage par cette amicale de truands, à l’entreprise, à l’usine, à la télé, dans les kiosques à journaux, sur les réseaux “sociaux”, partout la même soupe patronale!

Ils nous prennent vraiment pour des couillons!

A demain, tous dans la rue, la coupe est pleine!”

 

“Pour de nombreux étudiants, il s’agit de la première vraie lutte concrète.

Ce sont des périodes riches en solidarité, en joie de faire ensemble, des périodes où l’on fait l’expérimentation concrète de la répression et de la contre-révolution fasciste.

Des périodes où la conscientisation individuelle et collective font des bonds.

Ce sont aussi des périodes où l’on prend conscience du fait que “les étudiants”, cela ne veut rien dire.

“Les étudiants” ne sont ni une classe sociale, ni un secteur productif, ni une population homogène.

Tout un chacun comprend que les anti-blocages se signalent chaque jour et tentent de faire pression pour faire cesser un conflit qui n’est pourtant qu’à son entame.

Tout un chacun comprend que ces périodes font resurgir les égoïsmes de certains, de ceux qui n’envisagent l’existence que du point de vue de leur propre réussite individuelle et de la perpétuation des privilèges, familiaux, économiques, dont ils peuvent bénéficier.

Que les étudiants grévistes sachent que dans le cadre de nos luttes, facebook jouera systématiquement dans le camp de l’ordre.

Ces groupes facebook composés de milliers d’étudiants sont criblés chaque jour de frileux, de grincheux, de pourrisseurs, de conservateurs et de réactionnaires, qui expriment leur désir de conservation et leur trouille du changement de mille manières.

Facebook offre de fait une prime aux conservateurs.

Les étudiants ne doivent pas s’exténuer à répondre à tous les conservateurs qui tentent de saboter le mouvement. Ils ne doivent pas considérer ces espaces comme des espaces démocratiques car ils ne sauraient l’être. Ils ne sont pas faits et étudiés pour ça.

Ceux qui vous parlent tous les jours de séries télé en streaming pour détourner les débats de la réalité concrète, à savoir celle d’une économie en situation de crise aggravée, d’un malaise social colossal, d’une misère galopante, d’un chômage de masse, de rues totalement saturées par la pauvreté qui explose, ne sont pas dans votre camp. Voilà la réalité matérielle concrète de la société dans laquelle on vit.

Des rotations doivent être organisées pour blaster un à un les contre-révolutionnaires, les conservateurs, avec un très faible nombre de personnes qui elles, doivent être “likées” en masse pour contrebalancer notre infériorité sur ce réseau;

Les autres, tous les autres, doivent se focaliser sur le réel et l’organisation concrète des extensions des luttes. Ne gaspillons pas notre énergie avec les petits Sarkozy – qui organisait dans sa jeunesse des contre-manifestations contre les étudiants grévistes – tout au mieux, ces groupes permettent de repérer les couards, les traîtres, les salauds, les petits fascistes en puissance avec qui vous ne devrez pas lutter dans le concret.

Tout peut se jouer ces deux prochains mois, c’est pas le moment de flancher, c’est maintenant qu’il faut en mettre un bon coup.”

 

Après la nouvelle agression fasciste à Lille d’hier, il faut que les étudiants en lutte prennent conscience de la nécessité absolue d’organiser partout où ils le sont, des comités de défense physique et équipés à cet effet, avec rotations.

Ces périodes de luttes permettent une re-politisation à vitesse grand V et démontrent dans le réel, l’une des fonctions principales de l’extrême droite quand elle ne s’est pas emparée du pouvoir étatique, celui de jouer systématiquement dans le camp de l’ordre, du Pouvoir, des classes possédantes, de l’inégalité naturelle et d’une société organisée par et pour des hommes.

L’extrême droite agit objectivement CONTRE les intérêts directs non pas des étudiants en tant qu’étudiants mais d’individu-e-s libres luttant par et pour elles-mêmes.

Les étudiants seront beaucoup plus que des étudiants s’ils entendent ne pas reproduire le sauve qui peut corporatiste dans une situation de crise grave, mais en élargissant et en étendant au maximum leurs débats démocratiques offensifs et concrets.

Ce ne sont pas les seuls étudiants en lutte qui effraient les gardiens de l’ordre et de l’inégalité “naturelle”, c’est la potentialité qui est la leur de faire embrayer un processus de modification en profondeur de la société.

Si les étudiants vont devoir s’organiser et ils le font déjà, pas suffisamment sans doute, ce n’est pas seulement pour se défendre eux-mêmes mais pour consolider un désir commun de changement. C’est la perspective de ce désir commun qui a reçu comme réponse la violence et l’intimidation physique. Notre Rage ne doit pas être défensive. Les défenseurs sont dans le camp des nervis, osons!”

 

Message initialement adressé aux étudiants de l’Université de Toulouse:

“Bonjour à tous et à toutes

Pour tenter, peut-être, de démêler en – petite – urgence la compréhension d’une période ne manquant pas d’opacité et s’approchant à grands pas de temporalités déchirantes, j’aurais aimé faire passer quelques petites choses, après tout, chacun en fera ce que bon lui semble.

La première chose à comprendre, évidemment, c’est de comprendre ce que chacun exprime depuis là où il le fait. En l’occurrence un réseau marchand, de flicage global au sein duquel l’Etat fait réseau, de marchandisation de nos existences et d’illusion de consécution à chacune de nos actions. Essentiel sans doute pour entendre une parole qui ne saurait être envisagée comme démocratique.

Le fait d’échanger sur ce réseau marchand n’offre aucune garantie quant à la possibilité de l’exercice du pluralisme démocratique. Une minorité s’exprime, la majorité lit. Si une majorité se tait, c’est parce qu’elle sait qu’elle est socialement et économiquement en minorité de fait. Il convient donc dans un premier temps de faire le temps du miracle numérique si l’on entend s’agripper à la chimère active des productions sucrées sillyconnovalléennes.

La conséquence directe sera aussi une sur-représentation des conservateurs, qu’ils se parent d’affichages progressistes, radicaux ou réactionnaires. Cet état de fait déséquilibre cet espace à rebours des intérêts immédiats de ceux qu ont déjà relié la riposte étudiante à un mouvement d’extension plus global.

A ceux qui ont à cœur de lutter sans miroiter l’avenir depuis un rétroviseur, vous avez compris que ces projets de régression entrent dans le cadre d’une phase de remodelage violent des rapports de production capitalistes. Ils savent que l’économie traverse une crise grave. Que le chômage de masse, ce n’est pas un chiffre. C’est une réalité sociale et matérielle. La cohorte de lois liberticides, les libertés de la presse, l’accueil déplorable et coercitif de flux migratoires minimes au regard de ceux qui se produisent sur l’hémisphère Sud, la pauvreté galopante, qui s’installe partout dans les rues. Un recul sans précédent de nos libertés numériques depuis 2015. Ce que l’on nomme le “coût de la vie” et qui n’est autre que le coût du capitalisme, explose. La crise du logement impacte très majoritairement la jeunesse. Celle qui ne possède pas “d’amortisseurs sociaux” parental survit à peine. La moitié des pauvres ont moins de trente ans. On ne compte plus les jeunes qui crèchent à droite à gauche sur un canapé. Des millions de travailleurs ne tiennent que grâce à des chimies de toutes sortes. Les nouvelles méthodes d’organisation du travail broient la majorité. Nos existences sont écrites à l’avance, répétitives, fantomatiques, ennuyeuses, où est la Joie de faire et de lutter ensemble?

Oui, c’est une année de perdue. La question, c’est pour qui? Etes-vous bien sûr que vous allez la perdre cette année? Il faut se poser la question. Est-ce pour vous qu’elle est foutue ou pour la production et la perpétuation de l’Ordre?

Oui, un conflit lourd et qui se donne les moyens d’élargir, pose de nombreux questionnements matériels. Oui, la situation économique pour certains est difficile. Elle l’est pour beaucoup.

Oui les grincheux, les frileux, les cagneux sont souvent plus prompts à s’exprimer en tapissant les commentaires de leur désir de Conservation.

Et vous ne serez pas les premiers à régler en vous organisant vraiment, en cessant de mimer des rencontres collectives qui ne sont que des agrégats d’individus ne réfléchissant le monde que du point de vue de leur individualité propre, sur une période au sein de laquelle ils vont précisément avoir pour possibilité de s’émanciper collectivement.

Cela implique de mettre en jeu le peu que l’on a, c’est ça, se mettre en lutte. C’est passer ce cap de toutes ces trouilles individuelles qui glacent tout désir de faire. C’est se donner les moyens concrets de dépasser concrètement les problèmes concrets que va poser cette lutte lourde et extensive.

Il faut que chacun cesse immédiatement, d’entrevoir le cadre démocratique actuel comme démocratique en opposition à la violence fasciste. La société d’exploitation actuelle n’a pas besoin de recourir directement au fascisme pour assurer sa propre reproduction. Le Capital peut actuellement parfaitement aller au bout de ses nécessités immédiates en poussant à son terme la société du Travail dans ses dimensions répressives les plus violentes.

Cela implique de regarder un réel droit dans les yeux et en gardant en ligne de mire, un infatigable élan collectif auto-organisé, puissant et entendant s’inscrire en compréhension d’un réel économique en déroute. Comprendre enfin que cette lame réactionnaire s’abattant sur le monde étudiant, c’est celle d’un monde refermant sa tenaille réactionnaire sur l’ensemble de la société.

Cette année de perdue, elle ne le sera pas pour tout le monde. Cette année que vous craignez foutue, c’est peut-être la plus belle et utile de votre existence.

Il ne s’agit pas seulement des nombreux obstacles qui vont se dresser face à nous et que nous surmonterons organisés, c’est une chance.

Si vous gardez la liberté absolue en ligne de mire, alors jamais vous ne pourrez vous tromper.

Bonnes luttes à tous!”