NDDL: Non, il ne s’agit pas du dernier Monty Python.

Cette scène biblique grotesque est le produit de 20 ans d’altermondialisme dans le contexte d’une crise aggravée de l’économie capitaliste.

Elle n’agit pas comme force d’opposition à la politique patronale de Macron mais comme authentique diversion politique servant elle aussi, les intérêts patronaux et identitaires défendus par Macron, mais d’une autre manière.

Cette procession de charpentiers au fond religieux mal embouché illustre ironiquement à la perfection l’effet concret et direct de la crise sur le logement, après quinze ans de flambée de la bulle immobilière.

La ZAD ne serait pas aussi centrale sans crise du logement, sans la politique de fermeture systématique de squats engagée depuis des années, sans la jeunesse de moins de vingt cinq ans livrée à elle-même et n’ayant pas droit au RSA.

La mystification du lieu fait resurgir la force politique passablement déjantée du christianisme de gauche, qu’il se grime derrière des habits écolos ou pas, qui agit sur la période, en tant qu’authentique force sous-fasciste, mystifiant les masses, squattant les flux des réseaux marchands prompts à se gorger de l’âme religieuse des plus gros bêtas politiques.

Alors que Macron s’apprête à liquider 70 ans de conquis ouvriers, ceux qui entendent absolument intégrer cette lutte néo-christique au mouvement contre Macron se mystifient et nous mystifient.

Notre-Dame est un kyste au sein du mouvement ouvrier, une gigantesque diversion créée de toute pièce par l’écologisme et l’altermondialisme.

La semaine de 24 heures se cache-t-elle sous cette charpente? Les TGV seront-ils réservés aux enfants à la place des cadres afin de leur permettre de retrouver des parents géographiquement éloignés? Toute femme aura-t-elle le droit fondamental et inaliénable de pouvoir déménager et refaire son existence en moins d’un mois? Des cartes à puce anonymisées seront elles distribuées à ceux qui ont faim pour leur éviter l’humiliation des distributions caritatives? Les 10 milliards annuellement alloués à l’éducation privée catholique seront-ils supprimés? Le versement des aides sociales sera automatique et sans conditions? Les notariats seront-ils intégrés et informatisés dans les mairies? Les travailleurs pourront-ils organiser comme ils l’entendent, l’activité sociale, le travail social qu’ils fourniront pour la société? Les IEP seront-ils supprimés? Les trafics d’humains et de drogue seront-ils attaqués à la racine? Bref, y’a-t-il une issue réformiste pour cette farce de bocage?

Non, rien de tout cela. Il faudra se souvenir d’une formule “Tout ce qui bouge n’est pas rouge (et noir)”

L’altermondialisme est en capacité de mobiliser, de se servir de l’aspect petit bourgeois des réseaux marchands, en rajoutant de la confusion sur la confusion ambiante,

L’exécutif de Macron avait toute latitude pour perpétuer la phase de légalisme engagée sous la pression des altermondialistes et leur imprégnation dans les corps intermédiaires de l’Etat. Mais l’appétit de la FNSEA semble avoir doublé la Confédération Paysanne dans le futur partage du butin. L’ACIPA n’a pas spécialement été choqué par la réouverture de la route des chicanes, il y a même participé. C’est la destruction symbolique d’un bâtiment qui appartenait à la zone géographique conciliatrice, en l’occurrence la ferme des 100-noms, qui mobilise de nouveau toute la gauche alter et catholique écolo, les mêmes réseaux ou presque que ceux des Nuits Debouts. Si Macron avait voulu ouvrir un contre-feu et une diversion idéologique à un instant où un raz-de-marée social monte en puissance, il ne s’y serait pas pris autrement. D’un côté une agriculture de coopérative, de l’autre une agriculture de remembrement et extensive. D’un côté un appel du pied anti-laïque à l’Eglise le même jour, de l’autre le réveil brutal du christianisme de gauche en foulant du pied les promesses d’intégration aux logiques étatiques d’un eurodisney altéreux. Altermacronisme des champs ou macronisme des villes, ni la fétichisation du paysan ni celle du retour à la terre ne stopperont les effets du pourrissement accéléré de l’économie et sa vague réactionnaire qu’imprime le capitalisme en crise, ils en font même partie.

Reste la ZAD vu sous l’angle du squat repris sur la propriété privée et la lutte auto-organisée de ceux qui font déjà partie des plus opprimés par l’Etat, la seule estimable et la seule vraiment défendable.

La politique de fermeture des squats a produit aussi un afflux sur les ZAD. De la même façon que c’est l’Etat qui choisit en creux la forme de délinquance qu’il s’autorisera à punir, c’est l’Etat qui, en méprisant ouvertement une certaine jeunesse, a produit sa propre opposition.

L’extension du droit à l’habitat léger, la multiplication des aires pour individus non-sédentaires, un bien meilleur traitement et accueil des saisonniers, eux aussi méprisés, toutes ces questions concrètes peuvent être traitées dans des logiques réformistes d’adaptation de la Loi aux torsions et tensions sociales que le régime en crise produit, surtout si celui-ci réclame une “flexibilité” sans faille. La réhabilitation de l’habitat léger faisait partie des lois dans les cartons du PS. L’idéologie libéral-libertarienne est parfaitement compatible avec ces questionnements. Aucune perspective d’émancipation concrète en ligne de mire.

Etre choqué par les destructions de maisons, c’est bien mais il ne faut pas s’arrêter là. Des maisons sont détruites pour protéger un marché, celui de l’immobilier, fondé sur le droit et la propriété. Les zadistes qui ne sont pas des permaculteurs néo-hippies ne se plient pas à deux des fondements de la société bourgeoise, le travail salarié et la propriété privée, dans le contexte d’une dégradation accélérée des conditions de logement de millions d’individus et d’un chômage de masse.

Macron va permettre de re-lier une fois encore artificiellement dans une lutte alternative des individus qui ont des intérêts totalement antagonistes.

La liberté de circulation et d’installation, le libre accès aux soins universel, la libre instruction et information, le libre choix de son alimentation, le libre accès à l’internet libre, la libre organisation de sa journée et de ses activités, la libre sédentarité, voilà des questions qui doivent commencer à émerger un peu partout dans des comités locaux en dépassant l’idéologie altermondialiste et étatiste, en pensant depuis l’individu libre, solidaire, égal et responsable, et non depuis une production qui nous hiérarchise et nous infantilise.

La Valeur de votre maison produit des “clodos” à qui l’on n’offre même pas le droit de squatter des champs minables en attendant de crever à 47 balais. Alors comme ils boivent des bières, ils font des cocktails et les balancent sur des flics payés avec vos impôts que vous alimentez en vous faisant exploiter par une direction ou un patron et qui permettent aussi à l’Etat d’organiser le marché immobilier. Marché qui organise la rareté et la pénurie, ceux qui possèdent huit maisons et ceux qui n’ont même pas le droit de poser une caravane dans un champ.

Des millionnaires possèdent des villas construites en toute illégalité sur tout le littoral mais il est absolument impensable que la Zone s’organise par et pour elle-même, se défende elle-même. C’est ce qu’elle fait dans les ZAD. La Zone à défendre, c’était pas une zone, c’était La Zone qui se défend elle-même, pas la Nature, non, la Zone.

Toute cette incohérence crasse, toute cette électricité, tous ces pauvres gens se faisant embobiner par ce qu’ils pensent être le must du radicalisme nous laissent à penser que les bigots et les idiots politiques représentent un vivier inépuisable pour tous les politicards.

Et Macron en redemande, c’est même lui qui a créé de toute pièce cette scène.

Que les ouvriers soient dépouillés pendant qu’on les balade faire les cons dans les bocages.

Amen.

 

 

Texte publié en deux parties le 30 mai 2018 et en juin 2018