De “Judas” au “Capital juif”: les formes de pensée antisémites dans le parti communiste allemand

Cet article d’Olaf Kistenmacher est paru en anglais dans le numéro 2 de la revue britannique Engage en mai 2006 et en allemand dans un ouvrage collectif dirigé par Matthias Brosh, Michael Elm, Norman Geißler, Brigitta Elisa Simbürger et Oliver von Wrochem, Exklusive Solidarität. Linker Antisemitismus in Deutschland. Vom Idealismus zur Antiglobalisierungsbewegung, Metropol, 2007. Un second article «Du “capital juif” à la “Légion judéfasciste de Jérusalem” : du développement de l’antisionisme au sein du Parti communiste allemand (KPD) sous la république de Weimar, 1925-1933» sera traduit et publié prochainement sur ce site. L’auteur a résumé les acquis de ses recherches dans un livre publié en allemand sous le titre : Arbeit und «jüdisches Kapital». Antisemitische Aussagen in der KPD-Tageszeitung Die Rote Fahne während der Weimarer Republik, edition lumiere, 2016.

À l’occasion d’une réunion organisée par le KPD, intitulée «Pour quoi Schlageter est-il mort ? Le communisme, le fascisme et les choix politiques des étudiants » à Berlin, durant l’été 1923, Ruth Fischer, qui dirigeait le Comité central (la Zentrale) du Parti, utilisa l’argument suivant afin d’attirer vers le KPD et de convaince les étudiants nationalistes présents à cette réunion: «Vous dénoncez le capital juif, messieurs ? Quiconque condamne le capital juif, messieurs, est déjà engagé dans la lutte des classes, même s’il ne s’en rend pas compte. Vous êtes contre le capital juif et vous voulez éliminer ceux qui manipulent le cours des actions. À juste titre. Piétinez les capitalistes juifs, pendez-les aux réverbères, éliminez-les. Mais que voulez-vous faire avec les grands capitalistes, les Klöckner, les Stinnes…? ”

Le communiste de conseils Franz Pfemfert reproduisit cette déclaration dans son journal Die Aktion à titre de témoin oculaire ; quant au quotidien social-démocrate Vorwärts, il cita son compte rendu en août 1923 sans être démenti. Les spécialistes de cette période considèrent la diatribe de Fischer comme un exemple notoire d’antisémitisme au sein du KPD sous la république de Weimar, et ces propos ont été évoqués dans presque toutes les publications qui traitent de ce sujet. La campagne d’agitation du parti obéissait à la «ligne Schlageter», lorsque ses dirigeants cherchaient à définir des stratégies et des objectifs politiques susceptibles de séduire des politiciens de droite, nationalistes et populistes.

A cette époque, Karl Radek, qui représentait le Parti communiste russe en Allemagne, rendit hommage au fasciste Albert Leo Schlageter, devant l’Exécutif Elargi du Komintern. Condamné à mort et fusillé pour espionnage et sabotage dans la Ruhr occupée par l’armée française, le 26 mai 1924, son nom était devenu en quelques semaines un symbole de la renaissance de l’honneur national allemand. Au cours de cette période, le quotidien du Parti communiste allemand, Die Rote Fahne, alla jusqu’à publier des contributions d’idéologues nationalistes-racistes (völkisch) comme le comte Ernst de Reventlow.

Certains ont expliqué la diatribe de Fischer par le fait que le KPD aurait «tenté» de «s’adapter aux raisonnements antisémites de la droite». Selon Edmund Silberner, par exemple, l’un des premiers historiens de l’antisémitisme à gauche, il existerait une tradition d’«antisémitisme ouvrier» qui aurait commencé avec La question juive de Karl Marx ; il décrit la ligne Schlageter en ces termes : «Au cours de cette courte phase, qui a duré environ deux mois, le KPD tenta de s’adapter aux raisonnements de la droite, qu’elle soit antisémite ou nationaliste. Il s’efforça de montrer aux nationalistes que la question juive ne les séparait pas vraiment des communistes .»
Selon la version que l’on trouve chez tous les chercheurs jusqu’ici, le KPD aurait tout aussi rapidement abandonné cette ligne d’action. Par exemple, dans Les marxistes et la question juive. Histoire d’un débat (1843-1943), Enzo Traverso affirme : «La conséquence de ces propos fut l’apparition, à Berlin, d’un certain nombre d’affiches qui unissaient la croix gammée et l’étoile soviétique : on avait dépassé les limites et le KPD fut obligé d’abandonner ce langage chauvin et antisémite .»

Néanmoins, dans une thèse de maîtrise non publiée, Susanne Wein a souligné qu’on peut trouver des propos et des descriptions antisémites dans la presse communiste, non seulement durant les périodes de crise, comme en 1923 ou pendant les années 1930-1933, mais également de manière continue, y compris donc durant ladite «phase de stabilité» qui s’étend de 1924 à 1928 . Cela indique un lien sous-jacent, plus profond, entre les stéréotypes antisémites et les représentations de ce qu’était pour le KPD le «travail» et le «travail honnête», l’appartenance à la classe ouvrière et à la nation, l’exploitation et la domination.

Dans cet article, j’essaierai de démontrer que, sous la république de Weimar, le KPD était un parti nationaliste, d’une manière spécifique, malgré sa prétendue vision internationaliste de lui-même.
Bien que méthodologiquement orientée vers l’analyse du discours du KPD, mon analyse s’inspire d’une impulsion de la Théorie critique . Dans un court article sur l’antisémitisme et le national-socialisme, Moishe Postone interprète l’antisémitisme moderne comme une «forme fétiche particulièrement pernicieuse ».

Si l’on reprend la terminologie de Marx, les mécanismes du pouvoir dans le capitalisme moderne sont perçus sous une forme «fétichisée», et donc «réifiée» ou «personnifiée». L’«anticapitalisme fétichisé» s’oppose donc seulement à certaines formes apparentes de la modernité capitaliste – l’argent, le capital, les capitalistes. Les «Juifs» étaient perçus par les nazis comme la personnification de tout ce qui, dans le capitalisme moderne, apparaissait comme une menace «internationale», «conspiratrice», «immensément puissante» et «intangible» .

«Dans l’antisémitisme «moderne» [le pouvoir attribué aux juifs] est mystérieusement, intangible, abstrait et universel. […] Un examen attentif de la vision antisémite du monde moderne révèle qu’il s’agit d’une forme de pensée dans laquelle le développement rapide du capitalisme industriel, avec toutes ses ramifications sociales, est personnifié et identifié comme étant le Juif. Non seulement les Juifs étaient considérés comme les propriétaires de l’argent, comme le prétendait l’antisémitisme traditionnel, mais ils étaient perçus comme les responsables des crises économiques et identifiés à l’éventail des restructurations et dislocations sociales résultant d’une industrialisation rapide: urbanisation explosive, déclin des classes et couches sociales traditionnelles, émergence d’un vaste prolétariat industriel, de plus en plus organisé, etc. En d’autres termes, la domination abstraite du Capital qui – particulièrement avec l’industrialisation rapide – a projeté les hommes dans un réseau de forces dynamiques qu’ils ne comprenaient pas, a été perçue comme la domination de la communauté juive internationale .»
A partir de cette base théorique, l’expression «anticapitalisme personnifié» s’est répandue durant ces dernières années au sein de la gauche radicale en Allemagne –mais en même temps un élément important a été laissé de côté. L’exemple de Ruth Fischer montre notamment que, en elle-même, la personnification n’est pas encore antisémite ; Fischer personnifie le Capital deux fois: une première fois avec le concept de «capital juif» et une seconde fois avec les noms des «grands capitalistes» Stinnes et Klöckner. Les deux images renvoient aux rapports capitalistes. Néanmoins, seul le concept de «judéocapitalisme» (Juden Kapital) était antisémite, car le Capital y était non seulement personnifié, mais racialisé.

Cette racialisation transformait le capitalisme en une forme d’exploitation non seulement aliénée, mais «étrangère» dans laquelle «le travailleur» était opprimé et exploité par «l’étranger», et par les «chicaneries des marchands internationaux». Fischer ne cite aucun nom, mais elle identifie le «capital juif» à «ceux qui manipulent le cours des actions» et elle compare leur pouvoir économique à celui des «gros capitalistes». Elle confirme ainsi le stéréotype de la théorie du complot des Juifs riches qui disposent d’un grand pouvoir tout en se cachant dans les coulisses, raison pour laquelle on ignore leur existence. Ils sont censés accroître leur richesse en accumulant uniquement de la plus-value sans jamais travailler eux-mêmes de manière productive .

Bien que j’insiste sur l’élément racialisateur présent dans l’antisémitisme moderne, la distinction effectuée par Postone entre l’antisémitisme et d’autres formes de racisme sous-tend également mon analyse: «Toutes les formes de racisme attribuent probablement un pouvoir potentiel à l’Autre. Ce pouvoir, cependant, est généralement concret – matériel ou sexuel – qu’il s’agisse du pouvoir des opprimés (en tant qu’opprimés) ou des “Untermenschen” [sous-hommes]. Le pouvoir attribué aux Juifs est beaucoup plus grand et “réel” ; il est aussi différent dans la mesure où on leur prête un pouvoir potentiel […]. Ce pouvoir se dresse derrière certains phénomènes, mais il n’est pas identique à eux. Sa source est donc cachée – elle relève d’une conspiration. Les Juifs représentent un complot international immensément puissant et intangible .».

Dans le discours populiste antisémite, les «Juifs» étaient certainement perçus comme des individus sales, lâches et inférieurs, comme des porteurs de maladies que des êtres humains cultivés n’attrapaient jamais. Ils étaient aussi perçus en même temps comme la personnification d’une certaine supériorité. On leur attribuait une immense intelligence, comme s’ils avaient eu non seulement la capacité de dominer d’autres groupes, mais qu’ils l’avaient déjà mise en pratique, en agissant de manière cachée, invisible et conspiratrice. «Les Juifs» ont été identifiés non seulement avec les opprimés, mais aussi avec les classes dirigeantes – ce point est particulièrement important pour comprendre un mouvement politique comme le KPD qui s’opposait au système dirigeant, au pouvoir et à ses mandataires.

D’une image symbolique à une vision globale: «Judas», «le salaire de Judas», les «Judas»
Il serait facile d’évaluer l’antisémitisme si son discours avait clairement défini des frontières. Bien qu’on puisse évidemment trouver des déclarations ouvertement antisémites, il est impossible de définir précisément le discours antisémite car ses frontières sont fluides. La racialisation de l’ennemi qui vise «les Juifs» peut être envisagée tout d’abord à un niveau plutôt littéraire et métaphorique.
Le dimanche 28 mars 1920, Die Rote Fahne publia un article intitulé «Noske, le Judas» [Noske, der Judas] : «Non, la comparaison n’est pas correcte. En effet, lorsque Judas a trahi Jésus, que les pharisiens l’ont livré aux Romains et que ceux-ci l’ont crucifié, Judas s’est pendu au moment et à l’endroit mêmes où il avait livré Jésus à l’ennemi. Noske, lui, est toujours bien vivant, cependant. […] L’un de ses ancêtres a dû être un criminel ou un individu débauché. Et cet ancêtre a agi à travers lui. Il suffit de regarder son crâne pour reconnaître sa personnalité criminelle .»

Dans ce texte, la comparaison avec le personnage du Nouveau Testament est en effet présentée comme irrecevable; néanmoins, le fait qu’être un «Judas» aille de pair avec la trahison apparaît comme une évidence. L’explication raciste concernant la personnalité criminelle de Noske évoquée dans la dernière phrase de cette citation doit être prise plus au sérieux que ce que l’on pourrait être enclin à faire lors d’une première lecture, même si cette comparaison semble ironique. La conviction que les comportements sont congénitaux et l’idée que les bonnes et les mauvaises personnes peuvent être éduquées, ces conceptions n’étaient pas rejetées par la gauche dans les années 1920 ; dans une certaine mesure, elle considérait que ces nouvelles connaissances scientifiques pourraient être utiles à la construction d’un futur Etat socialiste .

Certes, au début du XXe siècle, la gauche socialiste et communiste critiqua le fait que le peuple juif fût considéré comme une «race, mais il faut aussi se souvenir de ce qu’écrivaient les auteurs de L’ABC du communisme à propos de l’antisémitisme. Traduit et publié en allemand en 1920, cet ouvrage fournit aux membres du KPD les bases de leur vision du monde. Nicolas Boukharine et Eugène Préobrajenski y affirmaient: «§ 60. L’antisémitisme et le prolétariat. L’antisémitisme, c’est-à-dire la haine de la race sémitique à laquelle appartiennent les Juifs (de même que les Arabes), est une des formes les plus dangereuses de la persécution nationale .»
Selon cette définition, «les Juifs» ne constituaient certes pas une race, comme le soutenaient les antisémites populistes, mais ils étaient censés appartenir, avec les Arabes, à une «race sémitique» et étaient donc des «étrangers» en Allemagne comme en Union soviétique.

Dans «Noske, le Judas», aucune injure anti-judaïque traditionnelle ne visait un Juif. La position du mot «Judas» dans le discours antisémite des XIXe et XXe siècles n’est pas simple à déterminer, mais de toute façon les antisémites populistes utilisaient non seulement les expressions «Juda » et «Juifs» («Juden»), mais aussi le nom «Judas». En 1919, un auteur national-socialiste publia un livre intitulé «Judas, l’ennemi mondial. Ce que tout le monde doit savoir sur les Juifs. Pourquoi la question juive concerne toute l’humanité et doit être résolue à la lumière de la vérité» (Judas, der Weltfeind. Was jeder über die Juden wissen muß. Die Judenfrage as Menschheitsfrage und ihre Lösung im Lichte der Wahrheit ).
En 1927, un cimetière juif fut profané avec des croix gammées et l’inscription «Judas Iscariote ». Die Rote Fahne utilisait souvent le mot «Judas», contrairement à d’autres noms bibliques qui étaient rarement employés. En novembre 1932, Die Rote Fahne surnomma Adolf Hitler le «Judas du Tyrol du Sud» et, le 31 janvier 1933, le titre d’un article dirigé contre le SPD dénonçait, en gros caractères, ses membres comme des «Judas Iscariotes!»

L’utilisation du stéréotype chrétien de «Judas» pour désigner des individus sans honneur, des mercenaires et, dans une certaine mesure, des traîtres congénitaux n’aurait eu aucun impact dans la pensée communiste si elle n’avait pas comblé un vide dans sa vision du monde parce que le KPD ne comprenait pas que les rapports de pouvoir capitalistes provenaient d’un pouvoir structurel ; il les considérait plutôt comme «des rapports interpersonnels manifestes» de domination des «capitalistes» sur les travailleurs .
De même, le parti considérait que les «ouvriers» avaient généralement une attitude communiste. Cohérent, le KPD voulait donc identifier le fait d’être un ouvrier à l’appartenance au parti. Pour Die Rote Fahne, les travailleurs qui ne suivaient pas la ligne du KPD ne cherchaient pas à être heureux au sein de la société capitaliste ; le Parti les considérait plutôt comme des individus insuffisamment courageux et honorables pour défendre leur propre position communiste réelle, sans laquelle ils étaient seulement des mercenaires, et même des «Judas» susceptibles d’être corrompus.
L’expression «Judas» n’était pas la seule employée pour diffamer ses ennemis politiques. Quelques jours après la parution de l’article «Noske, le Judas», fut publié un autre texte, «Le Juif éternel». Sous ce titre, le journal communiste écrivait à propos du corps franc (Freikorps ) d’Ehrhardt: «Ehrhardt et ses hommes de main se dirigent vers Lockstedt. Ils restent bloqués, soi-disant parce que des travailleurs armés ne veulent pas les laisser passer ; en réalité, ils ont conclu un accord très clair, mais secret, avec le gouvernement Müller, afin d’écraser la menace de grève générale à Berlin. Le 1er avril, ils annoncent officiellement qu’ils vont à nouveau quitter Döberitz pour Lockstedt, dès que les différends entre les travailleurs et les responsables du district ferroviaire d’Altona seront réglés. Voyageant dans des voitures blindées et arborant une croix gammée sur son casque, Ehrhardt erre ainsi ici et là en Allemagne, tel un Ahasvérus » (Die Rote Fahne n° 38, 1er avril 1920.)
Il fallait comprendre l’argumentation de la droite politique de façon ironique et elle fut donc seulement inversée – alors que les membres des corps francs fulminaient contre «les Juifs», ils étaient eux-mêmes désignés par Die Rote Fahne comme des «Juifs». Encore une fois, «le Juif Éternel» ne désignait aucun Juif en particulier. Pourtant, cette stratégie reproduisait les stéréotypes sous-jacents, à savoir que «le Juif» était un ennemi, qu’il combattait l’«ouvrier» et errait comme «Ahasvérus», parce qu’il n’était nulle part à sa place.

Le contexte antijuif

Il nous faut également prendre en compte la situation historique dans laquelle des expressions du discours anti-juif durant les XIXe et XXe siècles furent utilisées à des fins diffamatoires. Par exemple, au moment même où Die Rote Fahne fit son gros titre sur «Le Juif éternel», la police organisa une descente dans le quartier Scheunenviertel, à Berlin, et emprisonna environ 300 Juifs dans des «camps de concentration» avec d’autres «étrangers» (Ausländer).
Le compte rendu de cet événement par Die Rote Fahne montre que le KPD exprimait sa solidarité avec les Juifs, dans la mesure où ils appartenaient aux classes sociales inférieures et étaient perçus comme des «étrangers» provenant de l’Europe de l’Est – de même que ce quotidien soutenait la révolte des «nègres» (Neger) contre leur oppression . En même temps, les communistes détestaient particulièrement les prétendus étrangers des classes supérieures et les «habitants qui avaient une mentalité commerciale similaire». Le 8 mars 1920, sous le titre «Des camps de concentration pour les étrangers» Die Rote Fahne expliqua: «L’Allemagne est envahie par une meute de chacal. E collaboration avec des habitants ayant une mentalité commerciale similaire, ils sont capables de mener des transactions usuraires et honteuses avec les derniers biens meubles appartenant à des ménages ruinés. Mais la république d’Ebert ou la bourgeoisie allemande ne méprisent pas ces individus. Selon la volonté du gouvernement Ebert, les pauvres diables qui sont mis en pièces par le sabbat des sorcières capitalistes et chassés de chez eux ou de leur pays d’origine, ainsi que les étrangers qui résistent à la police pour des raisons politiques doivent être emprisonnés comme un troupeau de moutons dans des camps de concentration. Le prolétariat allemand souhaite-t-il tolérer calmement cette vilenie? »
Cette forme d’argumentation fut reprise au cours des années suivantes et se renforça lors des discussions autour de la mort de Schlageter en 1923, puisque Die Rote Fahne publia, entre autres, un article sous le titre «Marchandage international autour de la colonie allemande ». Il convient de noter que, déjà dans l’article de 1920, les communistes ne défendaient ni l’internationalisme ni la solidarité internationale, mais le cadre national et la nation. Comme nous venons de le dire, leur anticapitalisme visait «la meute de chacals étrangers» qui, «en collaboration avec des habitants ayant une mentalité commerciale similaire», allaient asphyxier les «ménages ruinés» allemands.

Le KPD ne comprenait pas du tout ce qu’est la socialisation capitaliste où le capitaliste n’est le «masque de caractère économique» du Capital (Karl Marx). Die Rote Fahne transformait le capitaliste en le symbole même de l’ennemi ; et le KPD aliénait et «expatriait» (verfremden) de grands capitalistes tels que Hugo Stinnes ; le quotidien communiste en faisait des étrangers, des allochtones, et les décrivait explicitement comme n’appartenant pas à la nation allemande. Sous le titre «Profiteurs, princes et étrangers fauteurs de troubles», Die Rote Fahne écrivait déjà en 1920 : «Le prolétariat révolutionnaire allemand a toutes les raisons de dire en toute clarté au gouvernement républicain : “Pour nous, les camarades russes ne sont pas des étrangers, mais par contre les capitalistes allemands, eux, sont des étrangers.” Et ceux que vous appelez des étrangers ne nous gênent pas, contrairement aux princes allemands qui détournent le capital .»

Ainsi, le motif du «Judas-Traître» fut transféré dans sa totalité sur «les capitalistes». Ces «traîtres au pays», ces «antinationaux» étaient censés mépriser le bien-être du peuple et de la nation. De cette manière, le parti qui souhaitait protéger les gens ordinaires [Leute] pouvait tout aussi bien devenir le parti qui protégeait le peuple [Volk]. La formule de Radek dans son «discours sur Schlageter» montre clairement à quel point ce transfert était simple: «En devenant l’affaire de la nation, la préoccupation pour le peuple [Volk] permet que la préoccupation pour la nation devienne l’affaire des gens ordinaires [Leute]». En d’autres termes, le KPD se considérait comme le parti qui voulait protéger le «labeur» (au sens de travail dur, travail physique) ou le «travail» (Arbeit en allemand a les deux sens) contre le Capital.

Pourtant, le potentiel du «labeur», la force de travail, était fétichisé, naturalisé en tant que capacité personnelle du «travailleur» et, par conséquent, il pouvait tout aussi bien être nationalisé ou racialisé, et transformé en «labeur» des Allemands, du «peuple allemand», et en «labeur allemand». En outre, on représentait fréquemment la classe ouvrière, à la fois dans des textes et dans des images, comme un travailleur de grande taille et puissant. Parce que le «travail» était considéré comme plus noble que le «labeur», le terme «exploitation» était également compris comme une attaque contre le corps «des travailleurs» («A bas le marchandage de la force de travail allemande : mettons fin au marchandage de la peau des prolétaires !).
L’«aliénation» pouvait donc aussi signifier que les étrangers étaient littéralement en train d’aspirer la vie de ce corps. Ce fut un petit pas supplémentaire pour nationaliser la force de travail, que le KPD imaginait comme un corps (tout en présentant le prolétariat comme étant «sans patrie» (Vaterlandslose), démarche nécessaire pour se différencier officiellement du nationalisme des réactionnaires et des conservateurs). Le «marchandage international» apparaissait comme une menace pour la «colonie allemande» ; de même en Allemagne, le peuple était censé être menacé par des «étrangers» et des forces «anti-nationales ». En 1930, avec l’adoption de son deuxième programme depuis la fondation du parti, le Programme du KPD pour la libération nationale et sociale du peuple allemand, la libération sociale et la libération nationale furent unifiées .

Personnification du capital et du capitalisme

L’identification du Capital avec la figure du «Juif», que l’on retrouve dans la représentation du «Juif véritable» chez Marx dans La Question juive (1843), apparaît également dans les tentatives du KPD de mener campagne contre les rassemblements fascistes. En 1923, Hermann Remmele, membre du Comité central du KPD, insista sur la personnification du pouvoir moderne de l’argent chez «les Juifs»; en 1930, il utilisa à nouveau la même image. Die Rote Fahne reproduisit le Discours du camarade Remmele lors du rassemblement fasciste tenu à Stuttgart en 1923, discours dans lequel il déclara: «Je comprends aisément comment l’antisémitisme peut naître. Il suffit de se rendre au marché aux bestiaux et aux abattoirs de Stuttgart pour observer comment les marchands de bestiaux, juifs pour la plupart, vendent leurs bêtes à n’importe quel prix, tandis que les bouchers de Stuttgart repartent les mains vides, pour la raison très simple qu’ils n’ont pas de quoi payer le prix qu’on leur demande. (C’est très vrai! approuvent des spectateurs fascistes.) Il est concevable qu’une haine antijuive [Judenhaß] se développe dans les classes moyennes, parmi les cercles des marchands et des commerçants. Ces classes petites-bourgeoises aujourd’hui sont souvent appauvries de la même manière […] que la classe ouvrière. Pourtant, les causes réelles de cet appauvrissement se trouvent ailleurs; elles reposent sur la croissance extrême de l’inflation, dont je vais maintenant vous parler .»
Remmele utilisait délibérément des arguments antisémites, mais ils n’avaient de sens que si l’on partageait les stéréotypes antisémites qui vont de pair. Il n’affirmait pas que «les Juifs» étaient responsables de l’appauvrissement, mais, en déclarant que l’inflation en constituait la véritable cause, Remmele impliquait que «les Juifs» profitaient de l’inflation. En effet, selon son argument, les classes petites-bourgeoises étaient tout aussi pauvres que la classe ouvrière, mais un groupe de personnes n’était pas affecté par l’inflation de 1923 et possédait tellement d’argent qu’il pouvait «acheter le bétail à n’importe quel prix» – ce qui visait évidemment «les Juifs». De plus, si les marchands de bestiaux, «juifs pour la plupart» selon lui, avaient réellement acheté «à n’importe quel prix», non seulement ils auraient agi d’une manière absurde sur le plan économique, mais ils auraient au moins renfloué les caisses de la classe, non juive, des paysans allemands.

En 1930, le KPD organisa des rassemblements avec le NSDAP. Pour Remmele, encore une fois, «le Juif» était riche et puissant ; selon sa théorie du complot, un seul «Juif riche et puissant» soutenait financièrement le NSDAP et tirait les ficelles du pouvoir grâce à sa position: «“Allemagne réveille-toi ! Juda disparais !”, tel est le cri de guerre que lancent les nazis face aux ouvriers révolutionnaires, quand ils se sentent plus nombreux ou qu’ils sont protégés par la police sociale-fasciste de Zörgiebel . Sous le couvert d’une agitation anti-juive [Judenhetze], ils tentent de dissimuler leur hostilité contre-révolutionnaire létale contre le prolétariat révolutionnaire. Pourtant, ces derniers temps, on n’entend plus la deuxième moitié de leur cri de guerre. Et ce n’est pas un hasard. Par exemple, le dirigeant régional [le Gauleiter] de Berlin, le Dr Goebbels, parmi d’autres, a ordonné aux membres de son parti de ne plus crier “Juda disparais !” à l’avenir. Peu de temps après, la presse bourgeoise rapportait que le Juif Jakob Goldschmidt, multimillionnaire et directeur général de la Danatbank, avait mis à la disposition de la direction régionale du Parti national-socialiste une grosse somme d’argent .»

En 1923, Remmele avait présenté «les Juifs» comme les catalyseurs de l’appauvrissement ; en 1930, il citait le nom d’«un seul Juif» ; il prétendait non seulement qu’il était plus puissant que le parti nazi, mais qu’il agissait également contre ses propres intérêts et était donc incroyablement malfaisant. Selon Remmele, «le Juif» n’était tout simplement pas une personne normale, contrairement aux membres du KPD. L’idée que le «capital juif» «soutenait» les nazis ou la proposition selon laquelle les «nazis» et «le capital juif» étaient de mèche étaient des stratégies de Die Rote Fahne, qu’elle relança avec force après 1929 comme en témoignent ces titres d’articles:
– «Le principal candidat nazi dénonce un banquier juif »
– «Le propriétaire juif d’un grand magasin finance la propagande nazie »,
– «Juda ne disparaîtra pas / Les prêts nazis aux grands magasins / Les nazis font semblant de lutter contre la dictature des taux d’intérêts [Zinsknechtschaft] et le Capital juif des grands magasins »,
– «La déclaration d’amour du gros banquier Solmssen (alias Solomonsohn) aux nazis. L’Association centrale de la Banque et des banquiers allemands a besoin des nationalistes, ces mercenaires qui défendent ceux qui nous ruinent avec leurs taux d’intérêts [Zinsräuber] »,
– «Sur ce lâche qu’est Goebbels […] Le “Juif éternel” Goebbels” »,
– «Hitler vole au secours des Juifs riches »,
– «Hitler l’agent de Morgan et de Rothschild »,
– «Les nazis sont favorables au judéocapitalisme [jüdisches Kapital] ».

L’efficacité de tels titres est démontrée par le fait qu’il n’y eut pratiquement pas d’autres «images de Juifs» durant les dernières années de la république de Weimar, ni aucune autre situation où des Juifs furent mentionnés. En 1923, à l’occasion du quarantième anniversaire de la mort de Karl Marx, Die Rote Fahne reproduisit un extrait de la deuxième partie de La Question juive, ouvrage dans lequel Marx définit le «Juif véritable» par «l’utilité personnelle», le «trafic» et «l’argent».

Cet extrait de La Question juive se termine par «L’émancipation sociale du Juif, c’est l’émancipation de la société du judaïsme ». Die Rote Fahne attribuait à cette citation un sens que Marx n’aurait certainement pas voulu en ajoutant ce petit sous-titre : «Karl Marx: sur la question juive, les nationaux-socialistes figurent dans l’album familial.» Le KPD indiquait ainsi à ses rivaux populo-fascistes qu’il luttait, lui aussi, pour «l’émancipation de la société du judaïsme».
Mais comment la représentation du prétendu pouvoir «des Juifs» pouvait-elle être cohérente avec la menace visible qui pesait sur eux sous la république de Weimar ? Une caricature parue la même année opérait la synthèse ; si elle avait été aussi connue que la déclaration de Ruth Fischer, elle aurait offert un exemple tout aussi frappant de l’antisémitisme du KPD sous la république de Weimar. Cette caricature parut le 29 juillet 1923 dans l’édition spéciale de Die Rote Fahne consacrée à la «Journée antifasciste», qui avait pour titre «Deutschlands Weg» (La voie pour l’Allemagne). La caricature portait le titre «L’argent ne pue pas, n’est-ce pas ? Leur antisémitisme ressemble à ceci !», titre sous lequel on pouvait lire «Le défilé de la croix gammée [Hakenkreuz] devant les nez crochus [Hakennasen] à Vienne, un véritable événement». Ce dessin représente un défilé de nazis qui arborent des croix gammées sur leurs casques et leurs brassards. Au bord du cortège, au premier plan, deux «Juifs» élégamment vêtus font le salut militaire. Leurs manteaux sont décorés de médailles, ils ont un gros nez crochu, des lèvres protubérantes et l’on devine un regard hypocrite entre leurs paupières à demi fermées. Mal rasés, ces deux individus semblent pauvres, malgré l’élégance de leurs chaussures et de leurs vêtements. Sous la caricature on peut lire: «L’association des industriels de Vienne verse des sommes énormes aux nazis de cette ville qui sont connus pour leur étroite collaboration avec Hitler et Horthy. Lors du dernier défilé de cette avant-garde qui porte la croix gammée, une délégation de gros industriels juifs était présente (parmi eux, Kolischer et Herzfelder). Ils ont pu constater par eux-mêmes qu’on leur en offrait pour leur argent. La presse capitaliste était satisfaite .»

L’édition spéciale intitulée «La voie pour l’Allemagne» s’adressait à «tous ceux qui sont tombés entre les griffes des nationaux-racistes [Völkischen] ou menacent d’y tomber». Comme je l’ai déjà mentionné, le PC allemand reprit, à partir de la fin des années vingt, la stratégie utilisée en 1923. Die Rote Fahne continua à soutenir que les nazis et le «capital juif» «soutenaient» les nazis et que l’antisémitisme du NSDAP n’était donc pas sérieux.
En effet, même si le KPD affectait de critiquer l’antisémitisme des nazis, comme en témoignait la caricature qui accompagnait le numéro sur «La voie pour l’Allemagne», non seulement ces prétendues critiques reproduisaient les stéréotypes racistes dominants sur les «traits juifs», mais ils rendaient «les Juifs» responsables du renforcement du mouvement national-socialiste.
Pour le Parti communiste allemand, «les Juifs» personnifiaient le capitalisme ; de plus, selon le KPD, tous les aspects de la modernité découlaient du capitalisme, et les mécanismes capitalistes du pouvoir se résumaient à des «relations interpersonnelles manifestes» ; par conséquent, le KPD percevait le national-socialisme comme une conséquence non seulement du capitalisme, mais aussi de l’impact direct des «capitalistes» – et donc des «grands industriels juifs», comme le soutenait «La voie pour l’Allemagne». Puisque la caricature était censée uniquement aborder le lien avec l’antisémitisme, aucun capitaliste n’était représenté… à part les sponsors «juifs» des nazis.

Par conséquent, dans une situation où un mouvement populiste et antisémite se renforçait et où s’accroissaient les menaces contre les Juifs, non seulement le KPD n’exprima pas sa solidarité, mais il propagea un discours antisémite selon lequel «les Juifs» eux-mêmes étaient responsables de cette situation. Avec cette représentation, les communistes étaient censés comprendre qu’ils avaient deux ennemis sous la république de Weimar : les nazis et la «grande industrie juive» ou, comme l’affirma Ruth Fischer, «le capital juif».
Le pogrom du quartier berlinois de Scheunenviertel et l’interdiction provisoire du KPD

Pour le KPD et Die Rote Fahne, l’année 1923 se conclut par une interdiction de six mois. Pour les Juifs de la république de Weimar, l’année 1923 se termina par un déchaînement effrayant de violence antisémite. Le pogrom dans le quartier berlinois de Scheunenviertel qui éclata le 5 novembre 1923 dura plus de deux jours. Les Juifs furent frappés ouvertement, déshabillés, dépouillés, ridiculisés et poursuivis dans les rues, leurs agresseurs leur laissant uniquement leurs sous-vêtements. Les assaillants s’introduisirent dans des commerces et des appartements, qu’ils dévalisèrent et vandalisèrent. Ils arrêtèrent les voitures et en frappèrent les passagers. Ce pillage visa exclusivement les Juifs de quartier de Berlin qui abritait beaucoup de Juifs d’Europe de l’Est : «Apposant des affichettes très claires sur leurs devantures, les commerçants non juifs signalèrent qu’ils étaient des “commerçants chrétiens”, afin de se protéger contre les pilleurs qui se seraient trompé de cibles .»
Si les agitateurs populistes furent effectivement tenus responsables du pogrom, le rôle de leur propagande dans le déclenchement de la violence provoqua des débats. Sous la république de Weimar, les personnes qui propageaient l’antisémitisme n’avaient nul besoin qu’on leur désignât les responsables de la crise économique .
Si ces émeutes furent comprises comme une action «anticapitaliste» et que des électeurs du SPD et du KPD y participèrent, comme l’affirme l’historien Reiner Zilkenat , ces événements constituèrent un avertissement très clair pour les Juifs. Et Vorwärts, l’organe central du SPD, ne s’y trompa pas puisqu’il publia, le lendemain des premières émeutes, un article intitulé «Augen auf !» (Ouvrez les yeux): «Travailleurs, observez bien les hommes qui vous incitent à des actions violentes ! Des agitateurs populistes allemands ont poussé les masses égarées à participer à des pogroms. La grande tempête qui s’est abattue sur le quartier juif de Berlin a été soigneusement et calmement préparée par les démagogues populistes allemands qui veulent exacerber de façon catastrophique la situation politique confuse en Allemagne et mobiliser les masses pour les sombres objectifs du fascisme. […] Ouvriers ! Camarades ! Vous ne combattrez pas l’exploitation capitaliste en pillant les Juifs. Si aujourd’hui Kohn ne peut plus pratiquer l’usure, demain Thyssen et Stinnes pourront la pratiquer encore davantage. Les exploiteurs juifs et chrétiens, les Juifs noirs et les Juifs blancs, ne disparaîtront que lorsque le capitalisme s’effondrera. Nous ne pourrons sauver le peuple allemand qu’en nous attaquant à la base de l’économie et de l’exploitation capitalistes .»

Le 8 novembre 1923, le Vorwärts attribua au KPD une part de responsabilité dans le pogrom et, en particulier, ce journal souligna le rôle joué par la diatribe de Ruth Fischer . Die Rote Fahne, qui parut de manière irrégulière en novembre 1923 (et fut interdite peu de temps après), mentionna ces émeutes brièvement le 22 novembre 1923 en les attribuant à la «petite bourgeoisie en déclin ».
Le KPD resta interdit jusqu’au printemps 1924. Comme je l’ai montré, il continua à utiliser les stéréotypes antijuifs après 1923. Il faut confronter la position du KPD et le comportement de ses membres aux exigences de leurs pères spirituels. Au XIXe siècle, Friedrich Engels avait déjà affirmé que le prolétariat et les travailleurs ne «devaient rien avoir à faire» avec l’antisémitisme .
En mars 1919, Vladimir Illich Lénine avait appelé les travailleurs soviétiques à lutter contre la menace antisémite aux côtés des Juives et des Juifs menacés par la Garde blanche tsariste . L’attitude du KPD était fort éloignée de celle d’Engels et de Lénine. Le PC allemand ne protégea pas les Juifs et les Juives du quartier berlinois de Scheunenviertel. De plus, bien qu’il ait accusé d’autres partis d’être antisémites ou ait publié des articles dénonçant des pogroms anti-juifs en Pologne ou en Russie soviétique, le KPD collabora au discours antisémite de la république de Weimar, discours selon lequel «les Juifs» étaient des individus hostiles et des ennemis parce que, «en tant que Juifs», ils avaient des caractéristiques personnelles néfastes.

Au cours des XIXe et XX siècles, la stigmatisation anti-juive traditionnelle qui visait les «Juifs riches» se transforma dans la théorie du complot moderne, selon laquelle «les Juifs» n’étaient pas seulement censés être riches et puissants, mais personnifiaient également l’ensemble de la société capitaliste et donc tout ce qui, pour un anticapitalisme fétichisé, devait rester dans le vague. Si l’on avait voulu combattre à l’époque l’antisémitisme dominant, il aurait fallu critiquer l’identification entre «les Juifs» et le capital improductif et refuser de les rendre responsables des crises économiques telle celle de 1923. Non seulement le KPD n’a pas agi de la sorte, mais il confirma cette composante de l’antisémitisme moderne, la reproduisit et renforça donc son pouvoir discursif.

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