C’est dès le 5 décembre que la lutte était perdue d’avance

Les lepénistes du samedi et de l’Arc de Triomphe auront permis à l’Etat de justifier une hausse sans précédent du niveau de répression et le retour des voltigeurs, dans une apathie de réponse presque totale puisque un peu à la manière du PCF dans les années 70, cette jonction entre les maos, l’extrême gauche et l’extrême droite aura liquidé toute idée de gauche et toute idée de classe tout en se revendiquant au mieux de la classe ou au pire, du “peuple”.

Il s’agit d’une corruption en profondeur de tout l’appareil idéologique du mouvement ouvrier et de 150 ans de luttes sociales qui ont été liquidés en à peine plus d’une année, emmenant au cœur de la classe, la banalisation du drapeau BBR et un conservatisme qui ne peut servir que la Réaction. Le capitalisme aura été capable de monétiser jusqu’aux idéologies marxistes en les intégrant à sa production continuelle de spectacle. Le désastre est sans appel.

La lutte était perdue d’avance dès le 5 décembre en mobilisant des secteurs ne participant pas directement à la production, disposant de salaires supérieurs à la médiane et des protections de CDI absentes dans les secteurs les plus abîmés, notamment la sous-traitance des petites boites qui elles, ont à souffrir des conditions plus dégradées encore que l’a emmené la Loi Travail. Ce sont les trois secteurs qui ont très largement le plus à perdre de cette contre-réforme qui s’épuisent courageusement depuis deux mois avec un continuum de ce qu’a produit le gilet et l’ultra démocratisation de nos sociétés, la délégation, la procuration, le soutien sans participation.

Il est bien évident que si cheminots et conducteurs étaient parvenus à conserver leurs avantages comme ont pu le faire les pilotes de ligne et d’autres, ils seraient sortis du conflit et les autres, qui auraient eu le malheur de les suivre, se seraient retrouvés à poil.

On nous parlait d’un “mai 68 d’extrême droite”, l’effet sera pire encore que la “révolution” ratée de 68, à savoir un retour de flamme réactionnaire et un retour à l’Ordre. En lieu et place d’une – prétendue – libération sexuelle (des hommes principalement) on a eu une déflagration de libération des pulsions et des passions tristes, des frustrations sexuelles, de misogynie, d’homophobie et les maos auront joué leur rôle historique de pont entre la gauche et le fascisme, comme en Chine, se suppléant provisoirement à un capitalisme qui a modelé les esprits à coup de haine de la connaissance.

Un conservatisme crasse qui casse la classe.

On nous prophétisait une insurrection qui n’en était pas et qui allait servir de marche-pied à une révolution qui n’en est pas. A la place, on a eu un antifascisme faisant la jonction avec le fascisme feignant de s’opposer à un universalisme qui n’en est pas.

Un tous ensemble qui n’est que somme brinquebalante de corporations et du travaillisme. La nation n’a pas encore délivré tout son poison puisque un néo-franquisme nous attend à terme, une victoire sans partage de l’idéologie petite bourgeoise frelatée pour le plus grand bonheur des patrons et de la Réaction.

De nos jours, c’est l’extrême droite qui manifeste pour augmenter les minimas sociaux et le SMIC et la gauche syndicale qui fait comme si 18 millions d’individus n’existaient pas, à la manière du patronat

Un monde du mal-logement, de la misère sociale, de la perte de sens et où au moins 50% des emplois sont totalement inutiles. Un monde que ne veulent pas voir des jeunes futurs retraités et leur “tous ensemble” qui est formidablement excluant. Un “tous ensemble” sans les saisonniers, sans jeunes et quinquas aux chômage, sans banlieues, sans ces petites villes minables où l’ennui est roi.

Un monde finalement à l’image de celui que portaient les gilets jaunes anti-fiscaux du 17 novembre. Loin des yeux, loin du cœur, dans le contexte d’une irradiation sans précédent de l’idéologie fasciste et nationaliste et au plus près des individus aux luttes court-termistes, incapables de remettre en question quoique ce soit dans la société.

Victoire sans partage donc, du nationalisme, de la Conservation, de la Réaction et du monde des hommes avec en ligne de mire, le sacrifice semblant définitif de l’émancipation de tous à commencer par celle des femmes.

Une recherche d’égalité inégalitaire et des consommateurs de conflits sociaux ou de répression faciale et sociale. Une victoire sans partage du réalisme sur l’imagination, de l’idéalisme national sur le pragmatisme, de la conservation sur le matérialisme. Comme si le chantier était trop gros et que tous avaient renoncé avant même de prétendre lutter. L’émergence sans précédent de l’encadrement et de son idéologie managériale n’y est pas étrangère et quoiqu’il en soit, les étrangers n’existent pas.

Les internationalistes sont devenus nationalistes et l’anticapitalisme, un chant ridicule et une posture.

C’est surtout la victoire sans précédent des masques d’individualisme et de la peur de tout changement.

Alors il reste sans doute la Martinique et la Guadeloupe, qui rappellent un peu les luttes ouvrières des années 50 habillées de démocratisme mais il reste surtout le sentiment d’un immense gâchis, comme si le lepénisme s’étendait désormais sur la totalité du champ politique. Une victoire sans conteste du patronat et du marché, de la couardise et de la mentalité religieuse, une liquidation totale de l’idée égalitaire et l’idée Liberté ne restera bientôt qu’un mauvais souvenir…. pour le patronat.

 

A moins que…

Les Enragé-e-s