Grève des dépôts bancaires : un mythe réactionnaire

L’appel du “bank run” en 2010, cette prétendue “révolution pacifique” qui se solda par un flop retentissant, est typique des fausses portes de sortie à la crise systémique du capitalisme qui sont agitées devant les travailleurs comme des hochets afin de leur faire ingurgiter une mauvaise soupe.
Comment accorder quelque crédit à une opération ayant invité les masses à retirer leur argent en banque en sachant que c’est précisément la classe exploitée qui est privée de Capital et qui en subit au quotidien le joug?
Comment conseiller sérieusement à des travailleurs, employés ou pas à un instant T, d’aller retirer leurs “économies” alors que pour un nombre de plus en plus considérable de personnes, les fins de mois commencent le 10 voire avant?
Les médias dominants ont pour usage de répéter que le livret A serait “l’épargne préférée des français”.
Avec plus de 61 millions de livrets A ouverts, il semble difficile de contester cette réalité.
Mais si l’on s’intéresse à la nature des dépôts, à leurs volumes, à leur répartition, on s’aperçoit qu’il y a une inégalité majeure entre les sommes épargnées.
La moyenne d’un dépôt étant de 3900€, cette dernière est non seulement relativement faible mais en outre, sa valeur est consolidée par la petite minorité atteignant le plafond, qui pèse seulement 8,5% des livrets et qui pourtant représente plus de 40% des 250 milliards épargnés.
A l’inverse, plus de 19% des livrets A sont à la tête d’une “épargne” ne dépassant pas les 150€…
Une inégalité frappante que l’on retrouve également au sein des PEL (moins d’1 français sur 5), des PEA (1 français sur 13), l’épargne salariale, les portefeuilles d’actions (1 français sur 10) ou encore les assurances vie (1 foyer sur 3) et qui concentrent leurs volumes dans les mains d’une minorité aisée.
La seule assurance vie pèse 1400 milliards, la voilà l’épargne préférée des français…les plus aisés.
Selon un sondage IPSOS de janvier 2013, 66% des moins de 35 ans n’avaient mis aucun argent de côté durant les 6 mois précédents.
La réalité du capitalisme ici n’est pas bien différente de celle qui organise la répartition des fruits du travail là-bas.
En France, 10% des français possèdent 60% des richesses, pendant que 90% doivent se “partager” les 40% qui restent.
50% de la population doit se contenter de 5% des richesses.
Il n’est ainsi pas étonnant que l’on ait pu retrouver au sein des trois instigateurs du “bank run” une sympathisante zélée du Front National, d’Alain Soral et de Dieudonné ainsi que de la sous-culture conspirationniste.
Inviter les exploités à retirer de l’argent qu’ils ne possèdent pas ou quand ils le possèdent, n’étant qu’un résidu de salaire fortement tronqué par les rentes et les entreprises de la classe parasite se gorgeant de la plus-value extorquée aux travailleurs, ce n’est qu’un énième mythe en provenance des droites radicales.
Une mauvaise blague dans laquelle quasiment personne n’a marché, malgré les nombreux relais dont a pu bénéficier ce “mouvement” de la part des médias patronaux, toujours prompts à faire la promotion de fausses pistes ne remettant pas en question leur position sociale.
Les travailleurs ne sont pas des bourgeois. Ils n’ont d’autre choix pour survivre que de louer leur force de travail.
Pour abattre le capitalisme, ce n’est pas sur le peu que notre salaire nous laisse une fois les innombrables ponctions réalisées par les propriétaires des moyens de production et les rentiers qu’il faut actionner.
Le Capitalisme est un système cynique qui consiste pour ceux qui ne produisent rien à vendre les biens et services à ceux qui les produisent.
Seule une grève générale peut faire prendre conscience à la classe ouvrière que dans n’importe quel pays, rien ne se fait, rien ne se passe sans nous.
Les Enragé-e-s