Boulangisme, protofascisme et gilets jaunes

 Les gilets jaunes, révolte fantasmagorique proto-fasciste et produit de l’union des petites bourgeoisies conservatrices et de la Réaction anti-républicaine?

Quelques éléments de réflexion au sujet du boulangisme.

Le boulangisme, ce mouvement politique autour du Général Boulanger, actif de 1886 à 1889 s’apparente à un mouvement proto-fasciste français. Le général Boulanger connaît une ascension rapide au sein de l’armée française. En 1882, le gouvernement le nomme directeur de l’infanterie. En 1884 il devient général de division et s’occupe des « forces d’occupation » (il s’agit du terme officiel) en Tunisie. Il devient ministre de la guerre en 1886. Sa popularité au sein de l’armée ne cesse de grandir et de plus en plus, dans une France amputée de l’Alsace et la Moselle suite à la guerre de 1870, il apparaît comme « le général revanche », l’homme qui pourra rendre sa fierté à la nation française. Dans un discours de 1886 il indique : « Nous pouvons enfin renoncer à la triste politique défensive ; la France doit désormais suivre hautement la politique offensive », ce qui sous-entend que la France devrait entrer en guerre face à son ennemi naturel l’Allemagne. Dans un contexte politique où la France connaît des gouvernements fragilisés, Boulanger est confirmé dans son rôle de ministre de la guerre et il ne cesse de multiplier les provocations face à l’Allemagne. L’affaire Schnaebelé de 1887 va accroître la puissance de Boulanger. Ainsi le boulangisme parvient dans un bref laps de temps (1887 à 1889) à concrétiser OU opérer une synthèse nationale. Les mouvements boulangistes sont composés de monarchistes et de nationalistes depuis les origines, mais s’y ajoutent des blanquistes et d’autres socialistes qui veulent affermir la république en difficulté et rejoignent ce parti. En 1889, Boulanger est poursuivi pour atteinte à la sûreté de l’État, avant de se suicider sur la tombe de sa maîtresse en 1891. Le charme n’est pour autant pas entièrement rompu.

Paul Lafargue a fait cette lecture du boulangisme :

« La crise boulangiste a ruiné le parti radical ; les ouvriers, lassés d’attendre les réformes qui s’éloignaient à mesure que les radicaux arrivaient au pouvoir, dégoûtés de leurs chefs qui ne prenaient les ministères que pour faire pire que les opportunistes, se débandèrent ; les uns passèrent au boulangisme, c’était le grand nombre, ce furent eux qui constituèrent sa force et son danger : les autres s’enrôlèrent dans le socialisme » [9].

Il avait déjà écrit neuf ans avant, faisant un portrait de Boulanger en tenant du césarisme : « Notre époque a vu bien des merveilles : la lumière électrique, le téléphone, la bourgeoisie représentée par le ministère qu’elle mérite…

Les titres du général à l’admiration de ses contemporains ne sont pas longs à énumérer ; il a pris quelques mesures qui, si elles ont déplu aux officiers, ont satisfait le soldat, dont on croit s’être suffisamment occupé quand on l’abrutit avec une discipline de belluaire ; il a expulsé les d’Orléans ; enfin, il a, comme le prince-président, caracolé sur son cheval noir, dont la popularité rivalise presque avec la sienne. …Les opportunistes parlent de césarisme et ce sont eux qui ont lancé Boulanger, lequel ne demandait qu’à être un ministre nul et ami de tout le monde.» [10].

On voit bien ici comment un général bourgeois encadré par des monarchistes et des nationalistes parvient avec des mesures populistes (amélioration de l’ordinaire des soldats, réponse au désir de vengeance des Français face aux Allemands, soutien aux mineurs en grève en 1886…) à attirer dans sa nasse les socialistes qui espèrent un mouvement socialiste, généré par un « sauveur ». Jaurès qualifiera le boulangisme comme : « un grand mouvement de socialisme dévoyé ».

1.2 Discussion sur le prototype fasciste français : le proto-fascisme boulangiste

Le boulangisme est selon nous l’archétype du proto-fascisme, une première tentative de synthèse entre le nationalisme, le maintien du capitalisme et l’espoir socialiste, une sorte d’ivresse politique de voir un ordre nouveau renverser l’ordre ancien. C’est en somme ce que Zeev Sternhell, Mario Sznadjder et Maia Ashéri nommeront plus tard le « charme secret du fascisme » lorsqu’ils étudieront le cas de Georges Sorel si heureux de voir les jeunes fascistes reprendre ses thèses.

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