Altermondialistes et extrême gauche, la crise de foi?

 Un nouveau spectre hante le petit monde altermondialiste et d’extrême gauche : la « théophilie » – littéralement, l’amour de Dieu – ou en tout cas un athéisme honteux ou un agnosticisme complaisants vis-à-vis de courants politico-religieux.

Qu’il s’agisse de l’islam ou du catholicisme, de prétendus athées ou agnostiques découvrent tout à coup les vertus de la religion. Du Monde diplomatique à certains courants de la LCR (Socialisme par en bas, Socialisme international), d’Alain Gresh à Jean-Marie Vincent, en passant par Saïd Bouamama, Pierre Tevanian, Christine Delphy ou François Burgat, on ne compte plus les éloges de la « théologie de la libération » à la sauce catholique, du « féminisme musulman » et de la prétendue radicalité anti-impérialiste de certains courants islamistes.

On peut d’ailleurs se demander si ces Nouveaux Théophiles ne se recrutent pas surtout, dans les pays impérialistes occidentaux, parmi des hommes et des femmes qui n’ont jamais eu aucune éducation religieuse.

En effet, toute personne qui est passée par un catéchisme catholique, une école du dimanche protestante, une école juive ou une madrasa musulmane et qui a ensuite radicalement rompu avec la religion sait parfaitement que les religions ont toutes une dimension totalitaire, et surtout que les fidèles ne sont pas mus principalement par des motivations politiques et par une révolte contre l’ordre existant.

Les croyants cherchent d’autres satisfactions dans la religion : un milieu, des repères moraux, une certaine fraternité, une affirmation identitaire, au prix d’une soumission à un dogme et /ou à une hiérarchie officielle vis-à-vis desquels on peut toujours maintenir une certaine distance critique (très relative mais suffisante pour de petites minorités plus exigeantes que la moyenne des croyants) car toute religion vivante est divisée en de multiples tendances ou sectes qui offrent d’innombrables versions de la Vérité divine.

Ou alors, autre hypothèse, peut-être cette nouvelle théophilie germe-t-elle dans le cerveau d’individus qui ont cru en Dieu durant leur enfance ou leur prime jeunesse. Nos Nouveaux Théophiles de gauche et d’extrême gauche auraient-ils la nostalgie du catéchisme et de la messe dominicale ? N’ont-ils jamais pris conscience de la dimension religieuse de leur propre engagement : absence d’esprit critique, foi dans le dogme marxiste-léniniste, exclusions de toute dissidence, culte des chefs et des héros morts de la Révolution, etc. ?

 

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