Le marché, le supermarché, le réactionnaire et le super-réactionnaire

Vous savez ce qu’ils disaient, les réactionnaires, quand le téléphone a été inventé?

Que cela allait produire une catastrophe. Que plus personne ne voudrait se rencontrer, que plus personne ne se parlerait de visu. Qu’il ne fallait surtout pas s’équiper de cette technologie.

Pourtant, le téléphone, c’est bien pratique quand on est éloigné de quelqu’un qui nous est cher.

Dans une société capitaliste, dans une société marchande, la quasi-totalité des relations humaines sont marchandes.

Il y a 150 ans, nous étions déjà dans la même économie marchande. Les relations sociales se créaient sur la place du marché. Ce petit marché paysan qu’idéalisent les réactionnaires, les passéistes, les écolos, les nostalgiques de quelque chose qui ne reviendra pas.

L’économie marchande est en évolution constante. Le principe? Les gros mangent les moyens qui eux-mêmes mangent les petits.

Avant l’arrivée des supermarchés, il pouvait y avoir 50 petites alimentations générales et des dizaines de petites boutiques spécialisées dans une petite ville.

. Les relations humaines étaient déjà marchandes. Une société marchande basée sur le travail salarié.

On ne pouvait pas se rencontrer le mardi matin à dix heures. Car comme de nos jours, il y avait le travail, qui occupe quasiment toute la semaine, le mois, l’année, l’existence. Le seul endroit pour se croiser, c’était le marché… ou l’église.

De nos jours, dans la même petite ville, il y a 5 supermarchés.
Les relations sont toujours marchandes et si les gens ne se parlent plus, ce n’est pas la Faute au téléphone. Ce n’est pas non plus la Faute au supermarché.

Le problème, dans une économie marchande, où l’on ne croise d’autres humains que pour des intérêts marchands, des relations d’intérêts et non humaines, c’est que dans un seul endroit est concentré l’équivalent de 50 boutiques.

Etant donné que dans une économie marchande, les relations sociales sont marchandes, c’est la totalité des rencontres de la semaine qui sont réduites à 30 minutes, toujours selon un principe marchand, toujours selon le principe d’une société basée sur le travail, le salariat, la marchandise. Une société qui chronomètre notre vie non seulement au travail mais à l’extérieur du travail.

Se dépêcher pour aller au boulot. Se dépêcher pour rentrer du boulot. Se dépêcher de manger pour aller dormir avant de retourner au boulot.

En 30 minutes, la totalité des relations humaines sont pliées. Voilà aussi une origine de ce “sentiment d’abandon” dans les campagnes. Il y a bien sûr les attaques contre les services publics. Mais ce sentiment d’abandon, c’est aussi un sentiment d’ennui, qui est bien réel lui aussi.

Si on s’emmerde autant en ville, à la campagne, c’est parce que nous sommes dans des sociétés marchandes.

En réalité, ceux qui pensent pouvoir affronter les supermarchés en recréant des petits marchés sont des fous furieux qui n’ont strictement rien compris au capitalisme.

Ils veulent “changer le monde” par le marché alors que c’est le marché qui change le monde. Pour l’instant. Dans une économie marchande.

Les mêmes qui rejettent les supermarchés de nos jours, hurlaient contre internet quand la technologie a été inventée. Les mêmes qui ne voulaient surtout pas du téléphone.

Si l’on veut regarder l’avenir droit dans les yeux, il faut commencer à imaginer ce qu’il y aura après les supermarchés et non vouloir revenir “comme avant”.

On pourrait par exemple socialiser les supermarchés. Plus de caissières et plus d’argent.

Le téléphone, internet, les supermarchés gratuits, voilà ce qu’il y aura après le capitalisme. Des petits marchés, aussi. Mais les petits marchés ne pourront jamais abattre les supermarchés.

C’est à nous à le faire, c’est à nous à y réfléchir, sans écouter l’avis des réactionnaires.