E.T. téléphone salon de tatouage: “Coucou petite perruche!”

Les tatoueurs, n’importe quel inconnu croisé dans la rue vous le dira, c’est comme les chasseurs, il y a les bons et les mauvais…

C‘est sur la base de cette maxime populaire que nous entamerons ce petit dossier en créant de toute pièce deux grandes familles au sein de la profession puisque l’immense majorité des tatoueurs sont des petits commerçants.

D’un côté, nous mettrons les artistes tatoueurs, d’authentiques artistes qui utilisent comme support éphémère le corps humain afin d’exercer leur art. Ce sont des individus qui n’hésitent pas à refuser, tout bonnement et simplement, l’apposition d’un tatouage inesthétique ou entrant en contradiction frontale avec ce qu’ils ou elles désirent laisser d’eux.

La seconde catégorie, nous la nommerons les tatoueurs-gribouilleurs. Ce sont des individus qui ne sont pas des artistes et qui se sont engouffrés dans le filon, cette mode imposée par les parvenus du star system, des footballeurs aux chanteurs en passant par les acteurs et autres “stars” des réseaux commerciaux marchands, le tout porté par un déferlement sans précédent de la course à l’esthétique individuelle, au paraître et aux looks chiadés au millimètre près et le plus souvent, la marque d’individus creux comme des oeufs Kinder. Car il faut bien le rappeler également, la grande majorité des français ne sont pas tatoués et n’entendent en aucun cas y céder.

Avant d’entrer dans le fond du sujet, nous démarrerons ce petit tour d’horizon par l’évocation d’une publication publiée sur le réseau commercial dit “social” facebook qui a attiré notre attention en raison du cas d’école qu’il peut représenter.

Il faudra en outre préciser que rares sont les tatoueurs à accepter de tatouer des symboliques et des symboles ouvertement fascistes ou nazi, que ce soit bien évidemment au sein des artistes ou des gribouilleurs.

Mais, et c’est là tout l’objet de ce petit dossier, la pensée d’extrême droite peut parfaitement être diffusée par la profession, même si le tatoueur affirme “ne pas faire de politique” et même si, comble de la perfidie, ce dernier affirme “ne pas être d’extrême droite”.

Nous allons le voir ici que l’idéologie en question se loge dans des pratiques et des schémas de pensée en apparence anodins, insoupçonnables pour la plupart du public docile, panurgique pourrait-on dire, qui squatte outrageusement les flux des réseaux commerciaux dit “sociaux”.

                                         Coucou petite perruche!

 

 Alors qu’avons-nous ici? Et bien nous avons un chef d’oeuvre de manipulation de masses. Nous avons finalement, une excellente illustration de ce qu’est facebook. Un ramassis de larbins célébrant leurs gourous (peu importe le domaine)

Facebook valorise la Communauté, la Soumission (au Chef, à la Star, etc,…) et l’Addiction.

La pensée religieuse, c’est quoi, pour faire vite? Il y a un très joli texte d’Elisée Reclus qui le dit très bien. C’est une vision ultra simplifiée du monde, une vision illusionnée du monde et pourrait-on dire, une vision puérile du monde. Partout dans les milieux où le côté puéril est entretenu et célébré en permanence peut se développer une pensée réactionnaire, une pensée religieuse.

Que fait ce tatoueur dans le cas présent?

 Il invite ses ouailles à célébrer une brimade collective, brimade qui va être à son tour valorisée de façon marchande et qui va se diffuser en s’appuyant prioritairement sur les publics réactionnaires, sur les publics religieux, sur les publics se situant en attente de Chef, de Gourou, de Tatoueur.

Ce Tatoueur invente de toute pièce une situation qui est supposée être fréquente dans le milieu. C’est-à-dire celle consistant, après s’être mis d’accord sur un prix et un motif avec le Tatoueur, à renégocier le prix. Or il s’agit d’un usage qui est loin d’être généralisé. Qui peut exister, certes, mais non, on ne peut pas dire que les Tatoueurs puissent souffrir quotidiennement d’une propension à négocier de leur clients et de leurs clientes. On peut même affirmer qu’aucune femme ou presque, ne négocie un tatoo en cours de route.

Il y a revanche un fait économique réel, c’est la Crise. Une Crise dont on nous parle depuis deux siècles et qui est contenue dans le Capitalisme. Certains d’entre-nous, c’est toute notre vie que l’on entend parler à la télé que c’est la “Crise”. Il peut donc parfaitement se produire le fait qu’une personne commence à se faire tatouer et qu’entre temps, ses conditions matérielles se dégradent fortement et qu’elle ne puisse plus payer. Mais là encore, c’est quelque chose qui est rare, la plupart des tatoueurs sérieux vous le confirmeront.

Cette publication est censée illustrer, par un appel à l’humour, une réalité mensongère, une illusion. Elle place d’entrée de jeu les utilisateurs de ce réseau au sein d’un réel mythifié.

Et que se produit-il ici? Nous avons ici le premier commandement halluciné des Tatoueurs: “Ne jamais négocier un prix en cours de route“. Sous peine de? Quelle est la Punition pour ceux qui négocient?

Et bien nous l’avons ici à l’image. Le Pauvre qui négocie sera châtié. Il sera lourdement puni et à vie (considérons cette situation en faisant comme si le “détatouage” au laser, long, pénible et coûteux n’existait pas), puisque ces dessins sur l’épiderme sont en théorie définitifs. Il sera marqué au fer rouge, marqué au fer rouge de la moquerie, de la brimade collective. Il le payera toute sa vie, cet horrible négociateur qui embête ce pauvre tatoueur sans défense.

Et que voit-on dans les hashtags? “Un tatouage pour tous”, cela ne vous rappelle rien? Cela rappelle bien sûr la Manif pour Tous, c’est-à-dire la manifestation de tous ces immondes réactionnaires et fascistes qui se sont opposés au Mariage pour tous, c’est-à-dire qu’ils se sont opposés au mariage pour les non hétéros, pour les homos. Ainsi, cette “Manif pour Tous” n’était pas, en réalité, faite pour “tous”. Elle était au contraire faite uniquement pour ceux qui possèdent une vision religieuse intégriste de la famille et du mariage. Elle était “pour tous”, SAUF pour les homos, SAUF pour les femmes qui entendaient permettre à d’autres femmes de se marier avec une femme, sauf pour les hommes progressistes qui ont bien compris tout ça eux aussi, mais c’était aussi une Manif qui était pour tous SAUF pour les personnes victimes de racisme et SAUF pour les pauvres. On y vient.

En écrivant “un tatouage pour tous”, en réalité, ce tatoueur, qui reprend soit dit en passant, y compris dans sa dénomination, tous les thèmes ésotériques (le diable, etc,…), écrit qu’il ne veut pas de tatouages pour tous et surtout pas pour ceux qui ne peuvent pas payer, surtout pas pour ceux qui négocient.

Et que se produit-il sur ce réseau? Et bien nous sommes en présence de plusieurs centaines de personnes qui se mettent dans le camp du Patron, dans le camp du Chef, dans le camp du Gourou, dans le camp du Tatoueur.

Et que répond l’intervenant? “coucou petite perruche“. Et que répond le tatoueur à cet intervenant? “C’est trop ça!”

Ben oui, c’est trop ça puisque c’est lui-même qui a écrit, dans les hashtags “coucou petite perruche” et donc il trouve un fidèle docile qui va dans son sens et qui répète, comme un perroquet (ou une perruche) ce qu’écrit le Gourou. Et le Gourou, ben il est super content que la perruche elle répète coucou petite perruche. Cela signifie que son enseignement a été bien compris par ses fidèles.

Rions, rions tous ensemble des Pauvres qui négocient, ces salauds. Salauds de pauvres. Rions ensemble, chers frères, de ceux qui ne respectent les règles de la Communauté dictées par le Gourou. Qui sait, en se mettant bien avec lui, il y aura possibilité de glaner ça et là quelques petits avantages! C’est toujours bien se mettre bien avec le Patron, le Chef.

On a ici une excellente illustration de la nature politique du public facebook. Ce sont des gens qui très majoritairement, se mettent dans le camp du Pouvoir, dans le camp de l’Ordre en place. Et on peut même ajouter que la plupart de ses clients et clientes, ne va pas à la messe. C’est totalement inconsciemment que tous se mettent à justifier l’horreur des idées de ce Gourou, de ce tatoueur.

Ce tatoueur impose ici une idéologie typique de l’extrême droite. Il la banalise par le rire, par ce que l’on pourrait rapprocher d’un sévice physique, à vie. Un peu à la manière de ces Juifs, de ces tziganes, de ces communistes qui furent tatoués à vie comme parias, quand ils ne furent pas exterminés de façon industrielle.

Et la Punition du Pauvre s’exprime comment ici? En commençant un dessin, en le réalisant à la manière d’un adulte et en le finissant comme s’il s’agissait d’un enfant. C’est donc la reprise du rite du passage à l’âge adulte qui permet ici de diffuser une idéologie religieuse et puérile mais avant tout fascisante. Car le fascisme n’a pas été “inventé” en Italie mais en France, il est une dégénérescence de l’idéologie catholique.

Une mise sous domination des plus faibles et des plus fragiles

La société marchande nous octroie des fonctions productives bien précises et qui sont directement liées à notre sexe de naissance, à notre capacité à nous fondre dans le moule éducatif et de la hiérarchie au travail. Chaque heure de la journée obéit à des fonctions prédéfinies qui nous dépassent et sur lesquelles nous n’avons que peu d’influence réelle. Nous ne faisons, toute notre existence, que d’aller de non-choix en non-choix.

L’isolement, social ou autre, qui fait partie du temps non productif, nous plonge dans des séquences pré-écrites qui sont toutes subordonnées par la nécessité de transformer notre temps en valorisation sans fin de la marchandise. Dans la phase de mutation actuelle du capitalisme que nous traversons, le Capital se fait global et s’empare de la totalité de l’existant y compris de l’Intime. La promesse de notre réalisation mais aussi notre socialisation, est devenue marchandise.

Ainsi, nos gribouilleurs n’hésitent pas à se jeter sur leurs victimes pour en soutirer le maximum d’espèces sonnantes et trébuchantes. La solitude, l’ennui, l’absence de réalisation personnelle réelle, la pauvreté de nos relations sociales mais aussi les déficiences mentales et autres troubles psychologiques ne posent pas de problème majeur à nos gribouilleurs qui y voient là des marchés extraordinaires à valoriser. Ils parviennent ainsi, tels des mages des temps modernes, à une nouvelle fois faire rimer mise sous domination et pognon.

La plupart des tatoueurs, refusent, c’est vrai, de tatouer des symboles fascistes et nazis mais en revanche, de nombreux d’entre-eux diffusent de l’ésotérisme en quantité industrielle. Car croire en Dieu ou à diable, au fond, quelle différence?

      L’ésotérisme, une composante de l’idéologie rétrograde

Il existe peu d’articles antifascistes traitant in extenso des connivences que l’idéologie droitière entretient avec la pensée hermétiste et occultiste.

Ce manque d’intérêt nuit à la compréhension des enjeux de certains mouvements réactionnaires, traditionalistes ou nationalistes-révolutionnaires. L’incapacité à saisir l’opportunité du sujet “ésotérisme et extrême-droite” est le résultat d’un refus à porter allégation à ces “fumisteries”, affabulations, contes, en bref l’habituel mépris pour tout ce qui touche au domaine de l’occulte. Cette attitude suffisante ne permet pas de comprendre la logique de cet engouement pour ces “délires imbéciles” et sa répercussion sur une idéologie qui, elle, touche du monde bien au-delà des petits cénacles ésotériques. Et, à force d’ignorer, on en devient complaisant (je renvoie à l’article sur le négationnisme, où les connexions entre milieux très catholiques n’ont pas été révélées par les contre-enquêtes (?) comme celles menées par le groupe catholique Golias ou par Ras L’Front parce qu’ils n’appartenaient pas stricto sensu à la sphère du politique).

Pourtant il apparaît que l’ésotérisme joue un rôle non négligeable dans une volonté de cohésion intellectuelle et politique de la droite, de l’extrême-droite et de la nouvelle droite. Cette tentative de cohésion tient à satisfaire des besoins exigeants sur l’utilité de l’action au-delà de l’histoire positive et aiguise aussi bien la pensée des catholiques que celles des polythéistes* en leur fournissant des objectifs “supérieurs”, que les uns qualifient de théologique et les autres de métapolitique. Son rôle porteur est, à mon sens, déjà daté, présent depuis le XIXe siècle (courants monarchistes, utopistes). On peut toutefois observer depuis les seventies un resserrement idéologique autour d’un besoin “ésotérique” très circonscrit : nationalisme, révolution, royalisme, traditionalisme, élitisme, pouvoir, racisme. Ce recentrage enrichit les idéologies réactionnaires en se polarisant sur quelques domaines comme les théologies ou l’ésotérisme dit traditionnel mais appauvrit l’ésotérisme en général, puisqu’on écarte de ces réutilisations tout un pan de la philosophia perennis pouvant se rattacher à la gauche : l’ésotérisme devient une philosophie de droite.

Si l’on revient au mépris des antifascistes pour l’ésotérisme, c’est que les spéculations ésotériques ne sont pas nécessairement associées à la culture antifasciste. Pas nécessairement, car on pourrait objecter que le premier surréalisme, marqué à l’extrême-gauche, s’est intéressé à la question dans un cadre politique et onirique. Ce manque de curiosité me paraît aujourd’hui un lourd handicap pour la compréhension de la nouvelle Droite et son impact dans le domaine culturel et ses réseaux de sociabilité. En effet, éviter d’étudier ces terrains, c’est ignorer une bonne part des activités des droitiers et se refuser à admettre qu’il existe parfois des lieux perméables à d’autres rencontres politiques, bien loin des classiques clubs politiques ou des meetings électoraux. Finalement, cette cohésion philosophique se fait au détriment de l’ensemble du domaine de l’ésotérisme et ce qui peut lui être rattaché : elle se l’approprie de manière exclusive, recomposant à l’envi une nouvelle histoire, travestissant des sources par leurs interprétations généralement erronées. Cette appropriation s’accompagne bien entendu d’une révision idéologique de l’histoire ésotérique et par là de l’Histoire. La tactique s’avère payante puisqu’elle bénéficie d’un accaparement des “lieux de savoirs” comme l’Université ou le CNRS. Cette appropriation permet de légitimer leurs propos et monopoliser des champs de recherches parfois en bénéficiant de subventions, d’une reconnaissance sur un public non averti (médias, publications) et la formation de futurs chercheurs.

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http://www.mondialisme.org/spip.php?article66