Les jardins citadins, la panacée ou une arnaque de plus?

Il y a encore quelques décennies, dans les centres industriels les plus pauvres, il était courant que les familles ouvrières cultivent des lopins de terre, à la périphérie des villes et aussi dans les espaces vacants à l’intérieur des villes, lopins qui assuraient un complément à leur alimentation. Ces jardins contribuèrent à l’aggravation de l’exploitation parce qu’une partie de la reproduction de la force de travail, qui devait relever de la responsabilité des employeurs, restait à la charge des travailleurs ; cette situation exerçait une pression à la baisse sur les salaires en les maintenant à un niveau inférieur aux nécessités de base. Les travailleurs contribuaient ainsi à augmenter la plus-value absolue.

Maître accompli dans l’art d’obliger le peuple à se serrer la ceinture, le dictateur Salazar encouragea la création de jardins urbains au Portugal. En effet, pour lui, ils représentaient évidemment l’un des engrenages de l’exploitation mais ils avaient aussi l’avantage de nourrir ce lyrisme rural qu’il chérissait tant.

Néanmoins, suite au développement du capitalisme et aux pressions de la plus-value relative, au Portugal comme dans les autres pays industrialisés, les jardins sont aujourd’hui enterrés sous les fondations des nouveaux édifices.

Au cours des dernières années, les jardins urbains ont refait surface et semblent être l’ornement indispensable de la prétendue «gauche» ; ils n’ont plus une fonction alimentaire mais strictement idéologique, dans un double sens.
D’une part, dans les centres-villes où ils sont plantés, parfois même au cours de manifestations éphémères, au milieu des places publiques, les jardins sont présentés comme un manifeste anti-urbain, une déclaration d’hostilité envers les villes et la société industrielle. D’autre part, les jardins accomplissent une fonction rituelle, magique ou religieuse ; ils sont une hiérophanie (une manifestation du sacré) pour ce mysticisme de la nature dans lequel l’écologie se convertit si facilement. Dans ce double sens, les jardins urbains ne symbolisent nullement une pénétration de la société rurale au sein de la société urbaine, mais, paradoxalement, la façon dont la civilisation urbaine considère le monde rural.

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