“On est là!”, chant de luttes ou chansonnette à boire?

Pour entendre ces quelques mots, il vous suffira de fredonner mentalement cette chansonnette en prenant un air totalement bourré, du genre toute fin d’une troisième mi-temps trop arrosée.

Vous y êtes?

Rooon nez làààààààà, roooon nez lààààààà, mémé si Makroooon le veut po nuuuuu on nez làààààààà, hic

“On est là”.

Qui est ce “on”? Quand il y a un “on”, il y a un eux. Au début de la chanson, on ne sait pas encore qui est là, on va l’apprendre un peu plus loin.

“Même si Macron le veut pas nous on est là”.

Déjà ici ça se gâte un peu. Ce n’est pas Macron qui gouverne, c’est le gouvernement et en l’occurrence, le chef du gouvernement, cela s’appelle un premier ministre. C’est le gouvernement Edouard Philippe qui gouvernait. C’est lui qui ne voulait pas. Macron, lui, préside car il est président.
Ce mouvement lancé par les réseaux d’extrême droite Colère, par la chaîne de droite extrêmedroitisante BFMtv et par des militants (d’extrême droite) de Nicolas Dupont Aignan et de Le Pen, a dès le début, focalisé sur la personne de Macron, en demandant de façon insistante sa “démission” et ce au but de mettre Marine Le Pen à la place.

Mais en France, ce n’est pas comme ça que ça marche. Un président ne démissionne pas. Quand une politique ne convient pas ou ne convient plus, c’est le gouvernement qui saute ou le premier ministre qui nomme un nouveau gouvernement. Il est aussi possible de dissoudre l’Assemblée nationale.

La droite et l’extrême droite sont en attente perpétuelle de Chef. Tout passe par le Chef, le Chef a toujours raison et les veaux, poules et autres moutons, suivent et obéissent. Une vision de la société ultra verticale, qui provient directement du temps où il y avait des rois, de l’Ancien Régime. Une vision et une organisation verticale de la société. La droite et l’extrême droite défendent directement les intérêts des plus riches, qui ne sont pas une petite poignée mais des millions en France. Il y a plusieurs millions de millionnaires en France.

Faire une fixette sur Macron est ridicule et emmène l’idée que ce serait lui seul qui administrerait cette bonne société capitaliste. Il s’agit d’une critique d’extrême droite du capitalisme. Une critique mensongère, illuminée, religieuse, qui fait l’impasse sur les millions de bons français qui se gavent sur l’exploitation capitaliste.

Macron, donc, selon la chanson, ne veut pas que les gilets jaunes soient là. C’est d’abord faux. Mais ils étaient où ces gilets jaunes? Sur des ronds points, en train de brûler des péages (des pauvres gens aliénés et manipulés par la pensée patronale de droite et d’extrême droite qui chiale de toujours payer trop d’impôts et de “taxes”), en train de dévaster un temple franc-maçon (la franc-maçonnerie a joué un rôle historique dans la construction républicaine, dans la Laïcité, or historiquement, l’extrême droite a toujours voulu abattre la République) et sur différents lieux de Pouvoir dans les régions frontistes qui se sont mobilisées, à savoir des régions où la mentalité religieuse et paysanne est la plus vivace.

La droite est élue grâce aux voix des plus riches, des rentiers, des patrons, des flics, des militaires, des médecins, des directeurs commerciaux, des puputes aux patrons, des larbins, des réactionnaires, des racistes, des idiots politiques, des fraudeurs professionnels et surtout des vieux. Sans les vieux, la droite ne pourrait pas être élue.
A l’occasion des municipales, les vendeurs de boites de chocolat se frottent déjà les mains, les maisons de retraite seront chocolatées. Le business de captation du vote des vieux est LE business politique principal de la droite. La quasi totalité des médias patronaux poussent chaque jour les faibles d’esprit à penser à droite et à voter à droite. Tout comme la publicité ou les sondages, que les patrons possèdent également au but de manipuler quotidiennement des millions de personnes.

L’extrême droite est élue grâce à des patrons, des militaires en retraite, des agents de sécurité qui ont raté le concours pour devenir CRS, des CRS, des flics de la BAC, des nostalgiques de l’Algérie française, des amateurs de dictatures, des fraudeurs et des tricheurs, des alcooliques, des malades mentaux, des ignares politiques et des croyants déçus par la droite, des gens qui se sont gavés pendant quelques décennies et qui se font bouffer à leur tour par des plus gros qu’eux, grâce aux individus racistes, rétrogrades, principalement dans les petites villes, les campagnes arriérées et globalement par des idiots politiques. Les valeurs de l’extrême droite sont les mêmes que celles de la droite, Travail, Famille, Patrie.

L’extrême droite ne roule pas seulement pour l’extrême droite, elle roule avant tout pour la droite. C’est un pote de Sarkozy qui a trouvé du fric pour renflouer le parti, fort mal en point, de Le Pen. Il existe un poil de couille séparant la droite et l’extrême droite. Droite et extrême droite entendent conserver en l’état, une société verticale, à l’organisation religieuse la plus injuste et inégalitaire possible, une société où l’on se tue au travail, où l’on doit souffrir au travail, c’est-à-dire une société telle qu’elle est organisée actuellement.

Quand ils sont “là”, dans la chanson, les gilets jaunes ne sont pas en train de faire grève. Les gilets jaunes ne font pas grève, ils sont juste “là”. Cela signifie que les gilets jaunes ne veulent pas affronter le patronat et la société capitaliste. Ils ne veulent pas baisser le temps de travail, emmener l’égalité réelle hommes/femmes ou la Liberté. Eux, ils sont là pour se montrer et pour montrer qu’ils sont là.

“Pour l’honneur des travailleurs”.

Voilà donc qui est ce “on” du début, des travailleurs. Tous les travailleurs? Non, les travailleurs qui votent ou pensent comme Le Pen et qui se sont révoltés dans le camp des petits patrons lepénistes. Des travailleurs qui ont une vision du travail qui est celle de la Bible. Les rentiers, les bourgeois, les patrons, ont besoin d’avoir à leur disposition, des gens qui acceptent de travailler comme des brutes sans broncher, ils ont besoin de gens soumis à l’idée du “tu travailleras à la sueur de ton front” car plus il y a des gens qui pensent ou croient ça, plus ça fait de fric pour les riches. Les gilets jaunes se sont révoltés à l’appel des riches et dans le camp des riches. C’est-à-dire qu’ils ont été manipulés par BFMtv et par le petit patronat au but que ce dernier paye moins de “taxes”. Les cadeaux du gouvernement sont tombés dans les poches des patrons et non des gilets jaunes.

Quand, dans un match de foot, une des deux équipes se prend une raclée monumentale sur la première mi-temps, du genre, 9-0, et bien sur les dix dernières minutes du match, elle n’a plus le temps matériel de marquer dix buts pou l’emporter. Elle continue “pour l’honneur”. Cela signifie qu’elle a accepté sa défaite et que la partie est perdue. C’est une chanson non pas offensive mais de défaite, de soumission. De gueulard soumis. Une vraie fausse révolte, une révolte dans le camp des patrons, ce que furent les gilets jaunes. Les travailleurs n’ont pas besoin “d’honneur” (valeur issue de l’Ancien Régime) mais d’égalité et de liberté, d’émancipation. Là encore, on est dans une mentalité de larbin qui entend recevoir un meilleur traitement des maîtres.

“pour un monde meilleur” ça sonne comme une publicité pour une compagnie d’assurance ou pour un yaourt bio. C’est totalement creux, comme le crâne de certains gilets jaunes. Ça veut rien dire “un monde meilleur”. Meilleur en quoi? Meilleur pour qui? De la foutaise. De la guignolade. Aussi vide que des slogans écolos.

Au final, on peut dire qu’il ne s’agit pas d’un chant de luttes mais d’une chansonnette à boire, comme un yaourt mais avec de l’alcool dedans.

C’est une chansonnette de gueule de bois.