Rudolf Steiner et Massimo Scaligero, “un racisme vrai et complet”

Quand Rudolf Steiner estime dans le livre L’âme des peuples que « ce n’est pas pour le plaisir des Européens que la population indienne a péri, mais parce que la population indienne devait acquérir les forces nécessaires pour l’amener à périr », la chose est pour lui parfaitement logique. C’est la théorie de l’« involution-évolution » des races. Selon elle, l’humanité évolue selon des cycles au cours desquels se succèdent sept races dont les quatre premières, inférieures, doivent disparaître pour assurer la rédemption des trois suivantes. À cette cosmogénèse, Steiner ajoute les forces du mal, qui auraient volontairement fait dérailler le système en faisant cohabiter les races…

Quand le malthusien Paul Watson préconise de revenir à un milliard d’humains sur terre, on ne sait d’ailleurs selon quelle méthode totalitaire et barbare ou quand Pierre Rabhi affirme de son côté que l’on est parfaitement capable de nourrir la planète en biodynamie, les deux portent en réalité le même sinistre projet malthusien.
Avec la promesse de réduction drastique des rendements agricoles que porte le projet biodynamique, il ne s’agit rien de moins que d’installer un enchantement religieux dissimulant ce qui est un authentique projet génocidaire.

En idéalisant la structure primitive de la ferme, la biodynamie vient se poser en rempart de l’émancipation des femmes.

En établissant une hiérarchisation de “races” élaborées par le cerveau torturé de son initiateur, ce mouvement ésotérique fige le développement des différentes économies nationales en rendant impossible la question de l’universalisme et de l’internationalisme.

Massimo Scaligero, très populaire parmi les anthroposophes allemands, a écrit de nombreux articles dans la presse raciste et antisémite des années 1930-1940. Il promouvait l’idée d’une “race de Rome”. On retrouve dans ses thèses les théories sur l’Atlantide ou l’Hyperborée.

Il cherchait à promouvoir l’existence d’une race “italo-nordique”.
Scaligero trouvait que l’intégration des deux formes de racisme constituait “une synthèse essentielle” à travers laquelle il voulait produire “un racisme vrai et complet”. Sa vision de “l’aryen idéal” entre directement en connexion avec l’anthroposophie, considérant que l’intégration du biologique et du spirituel dans le travail de Steiner a pris la forme d’un enseignement final. Les deux figures d’Arihman et Lucifer personnalisent cette dichotomie. Les juifs représentent des “forces arihmanéennes de sous-hommes”
Pour les anthroposophes, Ahriman représente l’esprit du matérialisme et de l’intellectualité. Les juifs sont ahrimaniens car intellectualisés et “durcis” trop tôt. Selon Steiner et ses fulgurances ésotériques, les peuples se “durcissent” mais ce durcissement ne doit pas être trop précoce. Ni trop tardif sinon ils deviennent lucifériens. Se durcir signifie sombrer dans la matière, perdre sa plasticité christique. Si le peuple reste trop mou, il est luciférien, donc en retard.

Dans la hiérarchisation de Steiner, le peuple Juif est le plus durci. Il n’a pas reconnu le Christ. Il aurait pu se dissoudre en tant que peuple à ce moment-là.

L’élimination du virus juif et la réintégration des valeurs ethniques aryennes” sont une solution au “problème juif”. Ce propos central de 1939 se retrouve également dans de nombreux autres écrits plus tardifs de Scaligero.

En 1941, Scalegiro esquisse l’image d’une bataille apocalyptique entre “l’esprit aryen” et “l’esprit juif” et affirme que le national-socialisme et le fascisme fournissent les moyens de gagner cette bataille. Il en appelle à Hitler pour la constitution d’un “front arctique uni contre le judaïsme“.

Pour les anthroposophes post-guerre les juifs devaient disparaître spirituellement en tant que peuple et non matériellement.
Tout le logiciel antisémite anthroposophe s’est donc remodelé formellement à la suite du génocide. Hitler se serait trompé de plan d’existence, la victoire n’aurait dû être que spirituelle…
L’antisémitisme génocidaire objectif mute donc en antisémitisme spirituel formel et subjectif tout en conservant la même structure essentialiste sous le même terreau ésotérique.

En photo de couverture, il s’agit d’un croquis original furieusement raciste fait de la main de Rudolf Steiner.