Farida Belghoul, de la JRE et la FAPEC au sabotage de l’ABCD de l’égalité

Sur ce dossier informel compilant des ressources diverses, nous essaierons de comprendre ce que fut la FAPEC au but de circonscrire certains des acteurs de l’extrême droite catholique traditionnaliste ayant transité autour de cette nébuleuse nauséeuse. Les récits de ces consignations sont écrits au présent mais datent presque tous du milieu des années 2010. Depuis la parution de ces articles, la France a choisi de rejoindre d’autres pays comme la Suède, l’Allemagne ou la Grèce, qui ont eux aussi validé l’interdiction de l’école à la maison, au motif de protéger des enfants déscolarisés de l’islamisme radical et de l’embrigadement sectaire. L’entame du premier article compilé évoque les dispositifs fiscaux en vigueur à l’époque.

Pour qui sait s’y prendre, l’enseignement à domicile peut donner lieu à de confortables déductions fiscales, à condition de recourir à un salarié : en effet, nous explique Le Monde, “cet avantage fiscal équivaut à 50 % des dépenses dans la limite de 12 000 euros plus 1 500 euros par enfant à charge avec un plafond de 15 000 euros. Ce
seuil est porté à 18 000 euros lorsque vous devenez employeur pour la première fois.”
En somme, le système n’est pas forcément plus cher (pour les finances des parents) que certaines écoles privées…
Des niches fiscales que Belghoul et ses affidés pourraient bien être tentés de mettre à profit à la rentrée prochaine, puisque l’on sait maintenant que son organisation JRE rebaptisée FAPEC cherche à promouvoir aussi bien des écoles hors contrat que la solution de “l’école à la maison”…

C’est avec le gratin de l’extrême droite catho intégriste (à qui elle fait maintenant de la lèche en toutes occasions) que Farida Belghoul a organisé les premières assises de sa FAPEC, Fédération autonome de Parents d’Elèves Courageux : il faut “sauver la France, dit-elle, et restaurer cette france chrétienne dont nous avons besoin“.

Pour cela, elle a en effet mis en place la FAPEC, “une fédération qui pourra prendre en charge les problèmes qui (selon elle) se posent aux parents au sein de l’école“.

Et Alain Escada, qui dirige l’institut intégriste Civitas, de préciser le but de l’opération : “ce qui est intéressant dans la démarche qui est proposée, c’est, à travers la fédération autonome de parents que veut mettre en place Farida Belghoul, d’avoir l’ambition d’encourager de plus en plus de parents à choisir soit l’instruction à domicile soit les écoles hors contrat.”

Au moins, les choses sont dites clairement : cette fédération est conçue comme devant être dans les écoles publiques le cheval de Troie des écoles hors contrat !

Si la grande prêtresse de ces écoles, Anne Coffinier [NDLR Anne Coffinier est normalienne, énarque, diplomate de métier], n’avait pas fait le déplacement, en revanche , Rémy Daillet [1], qui entretient avec Coffinier, dit-il, des échanges épistolaires “d’une belle dimension” et qui tente de fédérer des partisans de l’instruction à domicile à travers son site “l’école à la maison”, a pris quant à lui une part active à ces assises.

Rien d’étonnant à cela : ce catho intégriste père de sept enfants qui se veut modéré et centriste (il a milité un temps au MODEM) [2], ne pouvait qu’être séduit par le slogan de Belghoul, “vaincre ou mourir”, puisqu’au plus fort des manifestations de La Manif pour Tous, il déclarait enthousiaste dans la presse d’extrême droite [3] :
“S’ il faut mourir sous les coups d’ une matraque, je serai le premier[…] Investissons l’ Élysée par milliers !” [4]

Primaire : Les ultras de la JRE créent une association de parents d’élèves

 

Si vous voyez une liste FAPEC apparaitre dans votre école à la rentrée, ne soyez pas pris au dépourvu… Les ultras traditionnalistes de la Journée du Retrait de l’Ecole (JRE) ont marqué la dernière année scolaire en réussissant à pousser des familles de certains quartiers populaires à retirer leur enfant de l’école en s’appuyant sur des accusations déraisonnables. Si la première JRE a eu un certain succès local, les échanges entre enseignants et familles ont dans de nombreux endroits fait échouer les journées suivantes. F. Belghoul et ses alliés d’extrême droite tentent de capitaliser le succès de l’année dernière en lançant à la rentrée une association de parents d’élèves : la Fédération autonome de parents engagés et courageux (FAPEC).

 La FAPEC, cheval de Troie de l’école hors contrat

La FAPEC se présente comme ” une organisation de résistance dans le but d’interdire l’idéologie du genre à l’école en pratiquant notamment des Journées de Retrait de l’Ecole locales et ponctuelles en cas de besoin”. Elle dénonce l’Education nationale soumise ” au lobby lesbien, gay, bisexuel et transexuel“. En même temps elle se réclame de militants politiques proches de l’extrême droite ou des mouvements communautaristes. Elle annonce aussi une campagne en faveur de la méthode syllabique ainsi que “ des conférences d’histoire pour les lycéens (en particulier sur la France des Rois et sur la Révolution Française)“.

La FAPEC a lancé sa campagne d’adhésion le 11 aout et promet sa présence dans 80 départements. [5]

Qu’est‐ce que la FAPEC ?

La « fédération autonome de parents d’élèves courageux » est une nouvelle fédération de parents d’élèves qui s’est créée dans le
prolongement des journées de retrait des écoles (JRE) pour protester contre la mise en place de l’ABCD de l’Egalité. Selon ses propres termes elle « rassemble des pères et mères déterminées à protéger leurs enfants et convaincus, en dépit des pressions contraires, que l’idéologie du genre introduite malgré eux à l’école est un danger incommensurable pour leurs enfants »

Sa présidente, Farida Belghoul, est proche des milieux d’extrême droite qui gravitent autour de Dieudonné et surtout Alain Soral. Ce
dernier leur fait d’ailleurs de la pub sur le site de son association.
Ses relations avec le mouvement de La Manif pour Tous au niveau national sont plus ambiguës. Les deux organisations semblent poursuivre le même but mais avec des moyens différents. La Manif
pour Tous était tout aussi remontée contre l’ABCD de l’Egalité que les JRE, mais plus sceptique sur le boycott des écoles. Néanmoins, il ne serait pas surprenant que sur le terrain, dans certains départements on retrouve les mêmes militants dans ces deux organisations.
En revanche, ces journées de retrait des écoles ont été soutenues par Le Printemps français de Béatrice Bourges, autre mouvement ultra réactionnaire, exclu de la Manif pour Tous et que Manuel
Valls alors ministre de l’intérieur avait pensé à dissoudre.
.
Lors des assises nationales de la FAPEC en juin 2014, la fédération a tout de même invité Alain Escada, président de Civitas, mouvement catholique intégriste, ou « national catholique », lui‐aussi
exclu de la Manif pour tous car jugé trop extrémiste (ils défilaient dans des cortèges séparés lors des manifestations).
.Ce mouvement dénonce l’instauration d’un « nouvel ordre sexuel mondial » (sic !), prône l’instauration d’une « alternative à l’Ecole de la République […] qui veut séparer l’enfant de Dieu et de ses parents». Il préconise de favoriser l’école à la maison ou les écoles hors contrat pour que leurs enfants de « l’entreprise de subversion à laquelle nous assistons depuis des décennies ».
.
L’association L’école à la maison participait aussi à ces assises.
Sur un plan plus concret, la lecture des différents sites et le visionnage de vidéos faisant référence à la FAPEC montrent que celles‐ci devraient poursuivre deux objectifs concrets dans les années qui viennent : soutenir l’école à domicile ou associative hors contrat d’une part, « être représentative au sein de l’école pour être une organisation de résistance dans le but d’interdire l’idéologie du genre à l’école », d’autre part. Sur le site d’Egalité & Réconciliation on peut notamment lire que « le pôle action organisera des JRE locales, en cas de besoin, selon la représentativité de la FAPEC dans
l’établissement ciblé : la réaction de la FAPEC locale sera immédiate si des militants LGBT y pénètrent, ou si des séances de gender, ou de sexualisation précoce, y sont mises en place. » Leur déclaration à
la préfecture du Val‐d’Oise témoigne de ce double objectif : « aide aux parents à la création d’associations de parents d’éléves, accompagnement des parents intéressés par la création et la mise
en place d’écoles hors contrat »
Ce double objectif s’explique sans doute par la sociologie des parents d’élèves qui ont suivi ces mouvements de retrait des écoles jusqu’ici. Les quartiers les plus touchés par ces mouvements ont
été des quartiers populaires dont on doute que les parents soient en mesure de financer les quelques milliers d’euros par an que coutent une scolarité dans une école hors contrat.

Comment agir contre la FAPEC ?

Les éléments précédents sont autant d’arguments qui peuvent être utilisés sur le terrain pour montrer aux parents la dangerosité de ce mouvement. [6]


Vous trouverez ci‐dessus en encadré notre argumentaire de l’époque sur l’ABCD de l’égalité (source FCPE)

Farida Belghoul, a été condamnée le 19 mai  pour diffamation à l’encontre d’une institutrice de maternelle de Joué-les-Tours.

En mars 2014, du programme scolaire expérimental ABCD de l’égalité entre hommes et femmes, la mère d’un petit garçon de trois ans, d’origine tchétchène, avait été manipulée et aurait rapporté des propos de son enfant selon lequel sa maîtresse l’avait déculotté, ainsi qu’une petite fille de la classe, afin d’échanger des caresses sexuelles et des « bisous ».

La correspondante locale de JRE, Dalila Hassan contactait le 28 mars 2014 Farida Belghoul, qui était dès le lendemain devant l’école de Joué-les-Tours, commune populaire de la banlieue de Tours, et recueillait le prétendu « témoignage » filmé de cette militante. La vidéo, mise le soir même sur YouTube et toujours accessible, se présentait comme une interview de Mme Hassan, dont les enfants n’étaient pas scolarisés dans l’école mise en cause, rapportant ces accusations. L’institutrice calomniée a subi les conséquences de cette campagne de diffamation et a dû changer d’école.

Farida Belghoul recevant des mains du fasciste Alain Soral une “quenelle” d’or, ce salut nazi renversé initié par Soral et Dieuonné.

En renonçant aux  “ABCD de l’égalité“, le ministre de l’Education nationale Benoît Hamon cède aux fascistes proches de Farida Belghoul et Alain Soral ainsi qu’aux catholiques intégristes de Civitas.

De plus, il répond par le mépris aux mobilisations de toutes celles et ceux qui, depuis des mois, ont marqué des points contre les organisateurs des Journées de retrait de l’école (JRE). Les enseignants ont organisé des réunions d’information collective et des rendez-vous individuels avec les parents apeurés par les rumeurs. Les parents d’élèves, spontanément ou au sein de leurs organisations, ont contré les ragots propagés par d’autres parents. Les lycéens et lycéennes ont directement défendu leurs établissements en manifestant contre les intégristes venus provoquer jusqu’à l’entrée des écoles.

Benoît Hamon relance ainsi la mobilisation intégriste au moment où elle commençait justement à stagner, grâce au barrage mis en place par les progressistes. Les militants des JRE auront beau jeu d’utiliser des arguments tels que « il n’y a pas de fumée sans feu » ou « seuls les coupables se rétractent », vis-à-vis des parents qui douteraient de la véracité de leurs élucubrations sur les “ABCD de l’égalité“.

L’objectif de la mobilisation JRE ne consiste pas seulement à déstabiliser l’école publique et à  faire pression sur le contenu des programmes. Inciter les parents à « retirer les enfants de l’école » ne constitue pas seulement un moyen, mais aussi une fin en soi. La diffusion d’une rumeur anxiogène, l’exacerbation des préjugés et de la peur ont permis de faire franchir à de nombreux parents un palier important et grave. En effet priver ses enfants d’école, les mettre objectivement en difficulté vis-à-vis de celle-ci, n’est à priori pas habituel, surtout dans les milieux populaires, où l’accès à l’école publique demeure un des seuls espoirs d’ascension sociale.

Mais Farida Belghoul et ses amis d’extrême-droite sont des manipulateurs expérimentés dont l’objectif est, depuis très longtemps,  de s’approprier les enfants en utilisant les carences de l’école publique, ses inégalités, les angoisses des parents devant l’échec scolaire. Depuis des années Farida Belghoul tente de créer une véritable entreprise consacrée à l’école à domicile ; elle n’est pas la seule dans ce cas au sein de la direction du réseau JRE.

Dès la deuxième moitié des années 2000, Mme Belghoul, qui avait animé des actions antiracistes en 1984, a opéré un retour remarqué sur la scène médiatique. Utilisant sa notoriété et ses réseaux, elle écume les médias pour présenter le REID ( « Remédiation éducative »), une association visant à donner des cours à la maison pour les « jeunes déscolarisés ». À l’époque, en plein mandat Sarkozy, elle a calibré son message pour obtenir le soutien des gauches. Tout en mettant en avant son expérience avec ses propres filles retirées de l’école, elle avançait surtout des arguments sociaux et quasi-humanitaires : il s’agissait de « sauver » des jeunes déjà exclus de l’institution scolaire, de les faire « revenir » vers le savoir pour qu’ils puissent ensuite reprendre des études dans le cursus ordinaire… Le tout devait être facturé à la modique somme de 250 000 euros pour une année et pour une dizaine de « jeunes », qui selon elle étaient déjà impatients de suivre ces cours. La publicité pour le REID sera relayée par Libération, par des intellectuels de gauche connus pour leurs prises de position sur l’éducation comme Bertrand Gaufryau, mais aussi par le Forum Social des Quartiers Populaires  et bien d’autres pendant tout le courant de l’année 2009. On retrouve sur son blog, les traces de nombreux donateurs enthousiastes devant son l’initiative.

Puis toute activité sur le blog s’arrête brusquement. Impossible de savoir ce qu’il est advenu des dons réellement effectués, la fameuse initiative révolutionnaire n’aura donc pas vu le jour. Mais l’association « REID », alors créée et dirigée par F. Belghoul, engrange maintenant les bénéfices tirés du « livre pour enfants » publié par les JRE, vendu quinze euros l’unité.

Éclairées par cette initiative passée, les Journées de Retrait de l’Ecole, apparaissent donc bien comme un prolongement du projet initial : tout est mis en place pour amener doucement et sûrement les parents recrutés et formatés suite à la propagande de cette année, à retirer leurs enfants de l’école publique pour alimenter des réseaux se présentant comme « une aide à la scolarisation à domicile ».

De quoi s’agit-il exactement ?

Lors de la conférence de fondation de la FAPEC, la « fédération de parents d’élèves courageux » récemment lancée par les JRE, un certain Rémy Wiedmann [7] était présent aux côtés de Belghoul et du président de CIVITAS.

   Wiedmann, ancien militant du Modem de Bayrou, se présente désormais comme le « coach des parents » et anime le site Internet intitulé «  L’école à la maison ».

Dès l’abord, le lecteur attiré sur le site est confronté à un discours anxiogène et paranoïaque.

Les articles gratuits, accessibles à tous, reproduisent invariablement la même thèse : l’école publique est génératrice de problèmes insolubles mettant volontairement en danger les enfants. Tout serait fait volontairement pour générer malaise et échec scolaire, des méthodes d’éducation choisies par le Ministère à l’ambiance générale dans les écoles. Un des cinq articles mis en avant porte comme titre : « 10 raisons objectives pour lesquelles votre enfant ne peut pas réussir à l’école’ , mais pour accéder à l’intégralité de l’article, il faut d’emblée renseigner son adresse mail et donc donner la possibilité aux responsables du site de contacter directement les parents.

D’autres articles en consultation libre sont destinés à captiver immédiatement l’attention de certains parents, identifiés comme fragiles et immédiatement accessibles à la propagande : ceux dont les enfants ont déjà des problèmes et des souffrances en milieu scolaire. Notamment ceux qui sont en situation de dyslexie.

Cette méthode est fréquemment utilisée par diverses sectes: on prétend à la fois que le problème n’existe pas et en même temps qu’on peut le résoudre. L’énoncé est apparemment illogique : mais en fait, il permet d’abord de générer un sentiment de reconnaissance vis-à-vis du locuteur qui nous débarrasse momentanément de l’angoisse. Ce sentiment de reconnaissance incite ensuite à la confiance pour traiter la source de l’angoisse, ce qui rejaillit sur la durée du « traitement ». C’est la méthode de tous les charlatans qui prétendent guérir le cancer, le sida ou d’autres pathologies graves. On commence par affirmer au sujet: « vous n’êtes pas malade, car cette maladie est une invention des médecins », puis «  nous allons soigner les dégâts causés par les traitements prescrits par ces mêmes médecins ».

Rémy Wiedemann relayé par le site d’extrême droite MEDIAS-PRESSE-INFO

Dans le discours de Weidmann, la dyslexie est ainsi dénoncée comme une invention des médecins, et ses symptômes comme un résultat des méthodes d’apprentissage scolaire.

Dans le corps même de l’article, les liens insérés renvoient directement vers des sites sectaires, notamment l’un lié à la mouvance « holistique » qui prétend que l’autisme et les dyslexies sont dus au « brouillard toxique » que le cerveau reçoit du fait de notre alimentation et qui propose entre autre aux familles de réaliser des « hydrothérapies du colon » et des stages de « réalimentation ».

A toute personne éloignée des milieux sectaires, ce genre de propos apparaissent pour ce qu’elle sont, en l’occurrence des fadaises obscurantistes. En revanche, pour des parents vulnérabilisés par les difficultés de leur enfant, la perception peut-être très différente, surtout lorsque la famille est isolée du reste du monde. Dans un contexte où effectivement l’école publique n’est pas forcément en mesure de résoudre les inégalités sociales, la baisse de moyens et d’effectifs conduit beaucoup de parents à se sentir abandonnés.

En effet, l’objectif premier du site est d’amener les parents à retirer les enfants de l’école, de toutes les écoles. Le site déconseille ainsi les écoles privées sous contrat avec l’Education nationales, accusées elle aussi de faire partie du « grand complot contre les enfants ». Pas étonnant, puisque tous les animateurs des JRE sont en concurrence avec les représentants officiels des grandes religions, pas assez réactionnaires à leurs yeux. Civitas attaque sans relâche l’Eglise catholique, et F. Belghoul ne ménage ses attaques contre l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) accusée de constituer un repère de vendus au « sionisme », aux francs-maçons et au lobby LGBT…

Pour parvenir à ses fins, Weidmann s’appuie là aussi sur des techniques bien connues. Le site s’adresse surtout aux mères et «  mamans » et offre tout un panel de vidéos similaires : il s’agit d’abord de les flatter en les investissant d’un « rôle primordial et vital » dans l’avenir des enfants, en leur assurant qu’elles n’auront aucun problème pour être aussi « performantes » et même bien plus qu’un enseignant. Ensuite, on les érige en détentrices de la Vérité révélée qui vont devoir, au besoin par la ruse, convaincre un environnement hostile ou s’en détacher. Des articles sont consacrés à la nécessité de ne tenir aucun compte des avis de l’entourage ou à la manière de faire le forcing si le conjoint est contre le retrait de l’école.

Une fois la maman appâtée et convaincue, son isolement est désormais garanti: en effet, éduquer son ou ses enfants à domicile, c’est renoncer à son activité professionnelle si on en a une, et également à une partie de sa vie sociale. C’est se retrouver investie d’une responsabilité énorme et évidemment confrontée également à des problèmes très concrets. L’enseignement et la pédagogie ne sont pas des techniques qu’on peut improviser. D’autre part, les enfants peuvent très mal vivre le fait d’être coupés de l’école. Le rêve promis par Weidmann et Belghoul va vite se transformer en cauchemar mais à ce stade, les « conseils » et l’ « aide » vont cesser d’être gratuits.

L'”Ecole à la Maison” fait d’abord la promotion de cours par correspondance, délivrés par des instituts catholiques privés, comme le Cours Sainte Anne (jusqu’à 1835 euros par an) ou le CEFOP ( 2000 euros pour un enfant de sixième). Dans la page des liens, des sites moins chers et moins orientés sont proposés mais dans les commentaires du site, à chaque question d’un parent, ce sont ces cours tenus par des « collègues » qui sont conseillés.

Mais l’Ecole à la Maison représente aussi un site de promotion de son animateur qui se présente comme « coach des parents », un « coach méthode Erickson » qui déclenchera chez vous un « dialogue intérieur » vous permettant de faire face à la « complexité de votre personnalité » et de résoudre progressivement les problèmes rencontrés, à raison de 500 Euros les trois séances.

La « méthode Erickson » fait partie des méthodes fondées sur la « programmation neurolinguistique », une théorie non scientifique élaborée par des soi-disant « enseignants en marketing mental » aux Etats-unis dans les années 1970. Depuis elle est utilisée à toutes les sauces ; partout dans les pays développés prolifèrent des « instituts de développement » et des « centres de formation” , proposant des titres ronflants et des qualifications dépourvues de toute réalité. Celles-ci sont décernées après des stages de quelques semaines à des individus, qui ensuite s’auto dénomment « psychothérapeutes » ou « coachs » dans des domaines variés. La PNL est utilisée par de nombreuses sectes, d’où les mises en gardes de la  Mission de Lutte Interministérielle contre les Sectes à son sujet dès 2002..

En quelques mois, des familles peuvent donc se retrouver dans un engrenage dangereux: coupées de leur entourage à qui elles ne voudront pas faire part de leurs difficultés face à un choix dont elles se sentiront coupables, confrontées en tête-à-tête quotidien aux difficultés de leurs enfants sans pouvoir les résoudre, et en totale dépendance vis-à-vis de celui qui se présente comme leur sauveur.

Dans des milieux socioprofessionnels aisés, la problématique sera peut-être moins grave car la possibilité de trouver des portes de sortie est forcément plus grande. Mais prenons le cas d’une famille issue d’un milieu employé ou ouvrier : elle a retiré son enfant de l’école publique, ce qui lui a valu un regard très négatif de l’institution. Elle aura évidemment peur de retourner se confronter à cette institution, peur également de s’adresser à des travailleurs sociaux ou à tout autre représentant de l’Etat. Ces familles craignent à la fois leur jugement très négatif et des possibilités réelles d’enquête sociale et de placement. Sans compter évidemment l’adhésion aux thèses paranoïaques développées par Belghoul et les siens, où chaque enseignant, chaque travailleur social, est de toute façon un pion au service du Grand Complot Juif, LGBT, franc-maçon.

La crainte de l’échec pour son enfant, des contrôles des inspecteurs de l’Education nationale, prévus en cas d’instruction à domicile, l’amènera possiblement la famille à tout donner financièrement pour s’en sortir.

Avant le retentissement médiatique des JRE, des gens comme Weidmann et son réseau agissaient somme toute dans un cercle d’audience restreint ; l’alliance opérée avec Civitas et les réseaux de Belghoul changent la donne. La création d’une fédération de parents d’élèves leur permet de décupler leurs forces en les unissant. Leur objectif sera donc double : perturber l’école publique, stopper en son sein toute velléité progressiste, mais aussi recruter des victimes pour leurs entreprises respectives. La FAPEC annonce d’ailleurs des activités de cours à domicile et de « soutien scolaire » dès la rentrée.

Le tout procède d’un mélange des genres entre entreprise sectaire et organisation politique fasciste, les méthodes de manipulation sectaire renforçant l’adhésion aux idées fascistes, et les initiatives politiques fascistes étant un point d’entrée dans le milieu sectaire.

Depuis plusieurs années, le groupe « Egalité et Réconciliation » de Soral s’est allié avec divers charlatans, de Corinne Gouget et sa croisade « anti-additifs alimentaires » à Sylvie Simon défunte thérapeute en médecine douce et en « remèdes spirituels » comme alternatives aux « vaccins de la mort ». Dieudonné a de son côté consacré des sketches et un film entier ( “Métastases”) à un discours conspirationniste antisémite contre la médecine « qui crée les cancers ». Alain Soral propose aussi sur son site les conférences de « thérapeutes dissidents ».

Corinne Gouget et la soralienne Claire Séverac sont respectivement décédées en 2015 et 2016

En s’attaquant aux enfants, les JRE franchissent évidemment un pas supplémentaire, rendu possible par la montée en puissance de l’extrême-droite mais aussi par la démission du gouvernement face à leurs attaques.

La riposte doit agir sur plusieurs fronts : le travail d’alerte, de diffusion sur ce que sont réellement les JRE sera crédible s’il s’accompagne d’un combat sans ambiguïtés contre la destruction de l’école publique. Il faut aussi agir contre la stigmatisation des parents des quartiers populaires, sans cesse accusés de laxisme, de démission, soupçonnés en permanence  d’intégrisme ou de « refus d’intégration ». Nous devons défendre l’école publique dans ce qu’elle a de progressiste,  mais nous devons aussi savoir combattre les inégalités, le racisme qu’elle peut générer aujourd’hui. Ce ne sont certes pas ses personnels qui sont en cause mais bien les politiques de casse sociale et de stigmatisation menées depuis des années. [8]


Rémy Daillet-Wiedemann, dans une vidéo publiée le 12 octobre 2019 sur la plateforme commerciale d’hébergement de vidéos en ligne Youtube, offre la lecture de quelques extraits de l’ouvrage “les Décombres”, un monument de haine commis par l’antisémite obsessionnel, révisionniste et fasciste Lucien Rebatet

 

 

[1] et [7] Petit fils de l’industriel et député Fernand Wiedemann-Goiran, fils du député “centriste” Jean-Marie Daillet, le néofasciste Rémy Daillet se fait également appeler Rémy Wiedemann, Rémy Daillet-Wiedemann mais aussi Max Montgomery ou encoreT. Lacroise.

[2] Rémy Daillet a été exclu du Conseil National du MoDem en mars 2010, accusé notamment par des cadres du parti mais également par François Bayrou lui-même, d’être “un infiltré d’extrême droite“.

[3] La source du site hébergé à cette adresse a disparu depuis. Site lePilori (http://www.midiassurancesconseils.com/Lepilorigeneral.htm)
L’auteur du site et de la chronique du “Pilori”, Fernand Cortès, assureur à Valence d’Agen, se dit Action française et légitimiste. C’est un opposant politique acharné à Jean-Michel Baylet (ancien maire de Valence d’Agen, président du Conseil général du Tarn-et-Garonne) et à Jacques Bousquet, son “remplaçant” politique. L’auteur a fini avec les années par verser dans un soutien inconditionnel au Front national.

[4]  http://sudeducation37.fr/IMG/article_PDF/Egalit_a4745.pdf

[5]http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2014/08/18082014Article635439482388057869.aspx 

[6] http://www.toupie.org/Textes/FAPEC_FCPE.pdf

[8] http://www.memorial98.org/article-retrait-de-l-ecole-l-entreprise-politique-et-commerciale-des-jre-124073954.html